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Road to Salvation a fermé ses portes.


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 2.2. contexte version longue

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MessageSujet: 2.2. contexte version longue Dim 3 Nov - 20:01


petit bout d'Histoire


  Grayson, petit village du Missouri comptant une cinquantaine d’habitants environ. Entouré de champs et autres bois, l’endroit est pour le moins isolé du reste du monde. Ainsi, Edgerton, la ville la plus proche, se trouve à environ 12,6 kilomètres.

Fondée en 1654 le village se compose de vieilles bâtisses inspirées de l’architecture européenne, les colons étant pour la plupart français. Les commerces abondent et la ville s’auto-suffit. Mais à l’époque de la guerre de sécession, la plupart des habitations et champs sont réduits en cendre et Grayson connait une longue période de famine. Bon nombre de fermiers quittent alors la région mais une poignée d’habitants luttent pour survivre et relancer l’économie.

En un an seulement, le village renait miraculeusement de ses cendres.
Aujourd’hui, en 2013, Grayson est un village où il fait bon vivre… à condition de descendre des familles à l’origine de sa résurrection ou d’habiter le village depuis suffisamment longtemps pour être accepté par la comunauté.
Les étrangers sont traités avec respect, la porte de leurs voisins leur est toujours ouvertes pourtant, quelque chose plane ; une sorte de tension perceptible uniquement par ceux qui savent observer, qui comprennent le mode de fonctionnement des petits villages où tout le monde se connait. Ainsi, les nouveaux arrivants finissent presque tous par partir. Sans laisser d’adresse. Sans qu'on ne les voient faire.

Et personne n'en entend plus jamais parler.

© Chachoune



Dernière édition par The Scarecrow le Sam 25 Jan - 10:37, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: 2.2. contexte version longue Dim 3 Nov - 20:05


09 août 1863 ; Grayson



Wilmott Redd détourna son regard brun de celui de sa sœur. La respiration haletante, Ann frappa sur sa poitrine avec frustration, ses yeux en amande inondés de larmes brûlantes qui brouillaient sa vue.

ANN REDDComment pouvez-vous les laisser agir de la sorte ? Il faut les arrêter ! Je vous en supplie Will, pour l’amour de moi ! »

Mais son frère demeura obstinément silencieux, se contentant de fixer un point dans le décor. La petite brune s’écarta en poussant une exclamation rageuse, ses bottines claquant durement sur le plancher de leur maison. Elle attrapa son châle qui trainait sur le dossier d’une chaise et entreprit de le passer sur ses épaules. Mais elle tremblait trop et dû s’y prendre à deux fois avant de parvenir à le mettre en place.

ANN REDDAlors j’irai moi-même. Je les arrêterai et tant pis si je dois y laisser la vie ! » menaça-t-elle, espérant ainsi le faire réagir

Et ce fut le cas. Le jeune homme d’une petite vingtaine d’années se détourna vivement pour lui faire face, les yeux écarquillés de stupeur. Avant qu’elle ait pu ajouter quoi que ce soit, il s’approcha d’elle et la saisit par le bras avec force.

WILMOTT REDD ▬ Tu ne vas rien faire du tout ! Nous n’avons pas le choix ! »
ANN REDD ▬ Il n’est pas trop tard, nous pouvons encore les en empêcher… je vous en supplie » la jeune femme sanglotait à nouveau
WILMOTT REDD ▬ Vous ne comprenez pas ? C’est notre seule chance de sauver Grayson, Ann. Je vous en supplie, ne faites rien… »
ANN REDD ▬ Ils vont tuer ces gens ! »
WILMOTT REDD ▬ Ils vont sauver la ville ! » s’entêta son cadet

Il n’y avait plus de doutes à avoir : son cher petit frère était devenu fou. Ils étaient tous devenus fous d’ailleurs. Tout le village… Il fallait être fou pour en arriver à de telles extrémités et renier Dieu de cette manière. Ann n’était pas dupe, elle savait quel était le véritable nom de l’homme qui était arrivé à Grayson le mois dernier. On l’appelait Satan. Il était le mal. Et il avait perverti ses amis, sa famille.
D’un geste brusque, la jeune femme s’arracha à la poigne de son frère qui s’en étonna et recula de quelques pas devant l’expression menaçante de son visage. Il la fixa avec angoisse et tenta de prendre la parole une nouvelle fois, certainement pour lui parler des bienfaits d’un tel sacrifice. Seulement Ann avait comprit dès le début qu’il s’agissait d’une malédiction. Ils allaient apporter le malheur sur leur terre, rien d’autre. Rien ne pousse sur une terre maculée de sang.

ANN REDD ▬ Un jour, vous retrouverez la raison mon frère, et comprendrez que je n’ai agi que dans votre intérêt. Pour notre salue à tous »  
WILMOTT REDDJe…je ne peux pas vous laissez faire »

Mais Ann ne l’écoutait plus. Elle fit volte-face et ouvrit la porte de la petite maison qu’ils partageaient depuis la mort de leurs parents. La mine décidée, elle s’engouffra dans la nuit glaciale, entourant ses épaules de ses bras pour se réchauffer un peu. Elle pressa le pas, essuyant une larme d’un mouvement rageur, refoulant un sanglot. La jeune femme savait qu’elle devrait faire preuve de courage pour les affronter tous. Affronter son oncle, le shérif Jacobs et tous les autres. Il faudrait qu’elle affronte la chose qui avait prit l’apparence d’un homme pour pervertir ses voisins et les mener à leur perte. Il faudrait…
Les yeux d’Ann s’écarquillèrent soudain et elle se figea. Silhouette pâle et immobile dans l’obscurité.
Ses pensées s’entrechoquèrent l’espace d’une seconde pendant laquelle elle ressentit chaque parcelle de son corps avec une précision redoutable ; durant laquelle tous ses souvenirs lui sautèrent au visage moqueusement, pour lui rappeler qu’elle n’avait rien eu le temps de vivre. Et puis plus rien. Son corps s’effondra en avant dans un dernier soubresaut indigné.
Wilmott, la respiration haletant et le cœur battant observa le spectacle macabre qui s’offrait maintenant à lui. Il pouvait encore sentir le poids de la hache entre ses mains, même si elle était présentement fichée dans le crâne de celle qui l’avait protégé comme une mère toute sa vie.

WILMOTT REDD ▬ Je… suis désolé… » murmura-t-il, d'une voix éteinte, monocorde « Vous n’auriez pas dû tenter de vous interposer. Il a promit de nous sauver… il a promis… si seulement vous n’aviez pas tenté de vous interposer… »

Un hurlement déchirant perça la noirceur de la nuit. Le premier d’une longue série. Le cri des premiers sacrifiés. Le cri de ceux qui périraient pour sauver Grayson. Mais le jeune homme n’y prêta pas attention, trop occupé qu’il était à fixer le sang qui giclait à intervalle régulier du crâne fendu de sa sœur…


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Dernière édition par The Scarecrow le Dim 3 Nov - 21:03, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: 2.2. contexte version longue Dim 3 Nov - 20:08


05 novembre 2013 ; Grayson

Margaret Donnelly tiqua puis reporta son téléphone portable à son oreille, replaçant une mèche de ses longs cheveux blonds. Un blond qui n'était plus naturel depuis un moment puisque ses véritables cheveux étaient devenus grisâtres avec les années. Elle jeta un coup d’œil à son époux, occupé à tourner autour de leur vieille Ford tombée en rade quelques temps plus tôt. Heureusement, les habitants du plaisant petit village où ils se trouvaient leur avaient donné un coup de main. Ils avaient marchés un moment sur une route de campagne bordée de champs et elle avait commencé à s’inquiéter pour le cœur fragile de Sean...
C’est au moment où ils commençaient à se disputer à ce sujet qu’un pick-up rouge leur était apparut, conduit par une jeune femme tout à fait charmante. Elle les avait conduit dans l’unique restaurant du village duquel ils avaient pu joindre le garagiste du coin puisque le portable de Margaret paraissait alors inutilsable.
La nuit tombait lentement mais sûrement à présent et la quinquagénaire envisageait d’accepter l’offre de la tenante du bureau de poste. Cette dernière leur avait proposé de passer la nuit dans une petite maison inoccupée et, si Margaret avait décliné en prétextant avoir de la route à faire, elle commençait à regretter sa décision.

Un bip sonore s’éleva à l’autre bout du fil, l’arrachant à ses pensées. Enfin, ce maudit appareil déniait fonctionner.
MARGARET DONNELLYAahron, c’est maman. Tu dois être occupé avec le petit, ou bien mon portable fait encore des siennes. Ton père et moi sommes coincés dans une petite ville du Missouri. La Ford nous a lâchée… Encore ! C’n’est pas faute d’avoir demandé à ton père de s’en débarrasser pourtant, mais tu le connais, il est aussi têtu qu’une vieille bourrique. Bref, je ne sais pas vraiment où nous sommes. Greton, Graysom, quelque chose comme ça, enfin c’est à quelques kilomètres de Saint Joseph. On va sans doute y passer la nuit et on repartira demain à l’aube » expliqua-t-elle rapidement Bon et bien voilà, je voulais juste te tenir au courant. Tu embrasseras tes frères pour moi. J’espère que tout va bien pour vous. A bientôt mon chéri. »
Et sans plus de cérémonie, Margaret referma son téléphone, le glissa dans sa poche et rejoignit son époux, en pleine conversation avec le garagiste.
Les bras croisés sur sa poitrine, elle frictionna ses épaules pour se réchauffer un peu, la température ayant brusquement chutée de quelques bons degrés.


SEAN DONNELLYC’est pas tant qu’on est pressé de repartir, mais j’y tiens à cette voiture »
MARGARET DONNELLYElle appartenait à son père »
NATHANIEL Ceci explique cela »
SEAN DONNELLYIl vous faudra combien de temps ? »
NATHANIELJe peux vous faire ça demain à la première heure. Le temps d’aller à Edgerton récupérer les pièces dont j’ai besoin, de vous les remplacer et ça devrait rouler. Du moins jusqu'à ce que vous croisiez un garage plus équipé que moi. Je vais vous dépanner plus qu'autre chose... »
SEAN DONNELLYJe suppose qu’on n’a pas vraiment le choix de toute manière »
MARGARET DONNELLYSi tu m’avais écoutée et que tu avais vendue cette maudite auto quand tu en as eu l’occasion… »
NATHANIELOn devrait pouvoir vous trouver un endroit décent où dormir cette nuit  » les coupa l'homme
MARGARET DONNELLYOui, la femme qui tient la poste m’en a touché deux mots tout à l’heure. C’est très aimable de votre part en tous les cas. Vous avez tous été très aimables avec nous d'ailleurs »
NATHANIELBoh, c’est rien vous savez, on fait ça de bon cœur »

Margaret ne répondit rien, un nœud lui compressa soudain l’estomac. Elle n’aimait pas le sourire de son interlocuteur, il avait quelque chose de… mauvais ? Tout le monde avait pourtant effectivement été très gentil avec eux tout au long de l’après-midi. On les avait choyés comme jamais et la femme s’était fait la remarque qu’ils en faisaient presque trop pour être honnêtes. Mais elle avait chassée cette idée bien vite, se trouvant ridicule. De toute façon, comme Sean l’avait très justement fait remarquer : ils n’avaient pas le choix. Il allait falloir qu’elle fasse taire cette voix qui lui criait de déguerpir en vitesse sans demander son reste et passe la nuit ici.

Un nouveau frisson la parcourut à cette pensée et cette fois, le froid mordant n’était pas le seul à blâmer… Sean sembla le remarquer car il passa un bras autour de ses épaules et ils échangèrent un regard. Ils étaient mariés depuis plus de trente-cinq ans maintenant et se connaissaient par cœur.  
SEAN DONNELLYBon, alors à demain monsieur… ? » finit-il par lancer en tendant une mains vers le garagiste
Ce dernier se fendit d’un sourire et y glissa la sienne après l’avoir essuyée rapidement sur son jean.
NATHANIELRedd » répondit-il, ses yeux brillant d’une étrange lueur que Margaret n’identifia que trop tard comme de la folie « J’espère que vous apprécierez votre séjour à Grayson ! Vous allez voir, c’est un vrai petit coin de paradis et quand on y est, on ne veut plus jamais la quitter… »

Sean et Margaret Donnelly n’apprécièrent pas leur nuit dans la ville bénie des dieux qu’était Grayson. Et si on leur demandait leur avis, ils vous jureraient qu’elle était maudite plus qu’autre chose.
Mais aujourd'hui, l'un comme l'autre sont dans l'incapacité de s'exprimer...

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MessageSujet: Re: 2.2. contexte version longue Sam 25 Jan - 0:24


19 décembre 2013 ; route 169



Joleen roula des yeux et posa son regard morne sur la vitre passager du véhicule dans lequel elle et les quatre frères Donnelly s’étaient entassés. Elle observa le paysage défiler à une vitesse relative tandis qu’ils s’éloignaient toujours plus de la civilisation. Les routes étaient maintenant bordées de champs et autres étendues herbeuses ou boisés dénuées de vie. Elle détestait ce genre de paysage et Cleveland lui manquait déjà cruellement…
Alors qu’elle s’apprêtait à laisser échapper un lourd soupir dépité, un coude s’enfonça pour la énième fois dans ses côtes. L'infirmière poussa un grognement coléreux et posa son regard noir et assassin sur Aidan, le cadet de la fratrie.

AIDAN DONNELLYDésolée » sourit-il en lui présentant son bras plâtré et couvert de graffitis

La jeune femme se détendit un peu et lui adressa un petit sourire compréhensif. Comme s’il n’avait attendu que ça, Samuel prit la parole pour rompre à nouveau le silence régnant dans l’habitacle depuis de longues minutes.

SAMUEL DONNELLYOn pourrait pas s’arrêter ? J’commence à avoir les crocs »
ISAAC DONNELLYTu… bon sang, Sam ! On s’est arrêté pour manger il y a moins de deux heures ! » tiqua son fiancé, se retournantsur son siège pour planter son regard de reproche dans celui de son frère
SAMUEL DONNELLYHey ! C’est pas de ma faute si j'ai du muscle à entretenir contrairement à certains, ok ? Aahron, on peut s’arrêter, dis ?»

Seul le silence lui répondit et un malaise s’installa rapidement dans la Volvo de location. Joleen pouvait tout à fait comprendre qu’il n’ait pas le cœur à répondre à son idiot de frère pour le moment... Depuis le début du voyage d'ailleurs, il n’avait presque pas desserré les dents et affichait le même air soucieux.

AIDAN DONNELLYOn peut mettre de la musique ? » finit par lancer le benjamin, conscient de l’atmosphère pesant et toujours le premier à désamorcer les conflits
SAMUEL DONNELLYOuais, mets un peu de musique, on s’ennuie ferme ici »
ISAAC DONNELLYTu n’as qu’à lire » soupira le jeune homme sans lever les yeux de son propre ouvrage   
SAMUEL DONNELLYTu n’as qu’à lire » minauda-t-il en prenant une voix fluette qui fit sourire la jeune métisse
AIDAN DONNELLYAahron ? Tu peux mettre de la musique alors ? »

Tiquant d’agacement, l'ainé de la fratrie s’exécuta et lança le CD inséré dans l’autoradio. Aussitôt, les premières notes du culte Highway to Hell du groupe AC/DC s’élevèrent dans l’habitacle et ses occupants redevinrent silencieux. Joleen laissa de nouveau son regard sombre vagabonder sur l’extérieur pendant qu’Aidan s’installait confortablement contre elle, sans se soucier de la gêner le moins du monde.

Elle se demanda encore une fois pourquoi elle avait accepté de les suivre tous les quatre dans ce projet un peu fou, alors que les vacances de Noël approchaient et qu'elle aurait voulu les passer avec sa famille. Evidemment, elle aussi trouvait la disparition de leurs parents étrange, mais elle n’était pas certaine que parcourir les USA à la recherche de leurs corps était la meilleure solution. Mais elle n’avait pas vraiment son mot à dire là-dedans. L'infirmière avait décidé d’accompagner son fiancé au dernier moment, sur un coup de tête. Peut-être était-ce son air désespéré et inquiet qui l’avait convaincue ; ou peut-être était-ce le curieux sentiment de peur qui lui avait noué l’estomac au moment où elle l’avait vu faire ses bagages… Cette impression terrible que si elle le laissait partir pour Grayson, il n’en reviendrait pas. Et c’était sans compter sur les cauchemars terribles du plus jeune qui avaient hantés leurs nuits à tous et paraissaient communicatifs. Surtout ces derniers jours.  

AAHRON DONNELLYOn arrive »

La jeune femme sursauta en entendant enfin la voix de l’ainé des Donnelly. Tous les regards se dirigèrent alors vers le petit panneau au bord de la route cahoteuse qu’ils empruntaient et indiquait :
GRAYSON, 23 MILES

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MessageSujet: Re: 2.2. contexte version longue Ven 16 Mai - 10:11


25 décembre 2013 ;
East Jefferson St.


Aidan observait l’ombre du couple devant lui s’étirer sur la route défoncée et vaguement éclairée par les quelques maisons décorées aux alentours. Le jeune homme s’arrangeait toujours pour ne pas marcher sur les visages allongés d'Isaac et Joleen, se concentrant du mieux qu’il le pouvait sur ce jeu afin de déjouer sa fatigue.
ISAAC DONNELLY ▬ Et toi Aidan, qu’est-ce que t’en a pensé ? »
AIDAN DONNELLY ▬ J’trouve qu’ils en font tous un peu trop, mais c'était pas si mal... »
Joleen répliqua quelque chose mais il n’y prêta même pas attention. Le petit blond fonctionnait par automatisme depuis un moment maintenant et se contenta d’enclencher le mode "sourire" pour toute réponse, persuadé que c’était ce qu’on attendait de lui à ce stade de la conversation. Le silence reprit ses droits sur la rue, uniquement rompu par les bruits de leurs semelles et de celles de leurs nouveaux et provisoires voisins qui claquaient en cadence sur le sol. Le coucher de soleil avait marqué la fin des festivités du parc et tous les habitants de Grayson s’empressaient maintenant de rejoindre leur demeure respective certainement pour ne rien avoir à ranger...
Ils avaient suivi la foule et le maire - prévoyant qu'ils auraient oublié cette histoire d'éclairage public absent - était venu confier une lampe électrique à Aahron qui jouait d'ailleurs très mal son rôle de meneur et paraissait avancer à reculons... Aidan avait quelque fois ralentit sa propre allure pour le rejoindre et lui demander ce qui le tourmentait, mais il y avait renoncé.
Au fond, le plus jeune des Donnelly ne voulait pas vraiment savoir de toute façon et aspirait lui-même à un peu de solitude.

ISAAC DONNELLY ▬ C'est pas vrai. Sam n'a pas refermé derrière lui ! » s'agaça tout à coup son ainé, tandis qu'ils arrivaient devant la maison de location dont la porte était effectivement entrouverte.
Son frère poussa un soupir et, relâchant la main de sa fiancée, il gravit les marches du perron et poussa la porte pour entrer. Le temps qu'il trouve l'interrupteur (et se prenne les pieds dans quelque chose), ils étaient tous parvenus à s'engouffrer dans le hall.
Aidan sentit que quelque chose clochait avant même que la lumière s'allume.

Quand ce fut chose faite, il se figea, laissant tomber sa mâchoire alors que son cœur subissait une dangereuse et soudaine accélération dans sa poitrine. Son cerveau recevait une tonne d’informations : le lampadaire installé dans le fond du salon était couché sur le canapé qu’on avait pris soin d’éventrer et qui vomissait sa mousse allègrement. Les coussins avaient volés dans la pièce et l’un d’eux avaient été se percher sur une des étagères de la bibliothèque dont le contenue était à présent répandu sur le tapis.
Aahron le bouscula en passant devant lui, grimpant à l’étage en quatrième vitesse sans prendre la peine de se retourner. Derrière lui, Aidan pouvait entendre son autre frère tenter de convaincre sa fiancée de les attendre dehors et de se mettre à l’abri, au cas où le vandale serait encore à l’intérieur… Ce n’était évidemment pas pour la rassurer et la jeune métisse se refusa à son tour de l'abandonner seul ici, lui resservant les mêmes arguments.
Le cadet ne leur accorda plus son attention, préférant tourner la tête en direction de la cuisine près de laquelle il se tenait. Il ne fut pas surpris de trouver la porte du réfrigérateur ouverte, son contenu déversé sur le sol. Des morceaux de verres étaient éparpillés sur le carrelage couvert de sauce tomate et autres céréales tirés de leurs emballages, eux-mêmes arrachés de force de leur placard.

AAHRON DONNELLY ▬ Ils n’ont touché à rien à l’étage » confia-t-il entre ses mâchoires crispées par une rage mal contenue.
ISAAC DONNELLY ▬ Tu en es bien sûr ? »
AAHRON DONNELLY ▬ J’en viens, Isaac ! OUI, j’en suis bien sûr ! »
Aidan leur adressa un rapide coup d’œil avant de tourner de nouveau son regard azuré vers la cuisine. Mais son œil capta quelque chose un peu plus à gauche, sur le pan de mur menant à l’entrée. Un frisson le parcourut.
La bouche sèche, il fixa longuement la tapisserie, incapable de détacher son regard des deux lettres majuscules qui y avait été crayonnées en rouge. Sans vraiment s’en rendre compte, il étendit sa main valide derrière lui, jusqu’à sentir le contact chaud et rassurant de celle de Joleen. Il la prit dans la sienne et la serra vigoureusement pour s’empêcher de trembler.
JOLEEN ▬ Aidan ? Est-ce que ça… Oh mon Dieu… »
Aidan n’eut pas besoin de se retourner pour savoir qu’Aahron et Isaac s’étaient rapprochés eux aussi.

Et tous les quatre faisaient maintenant face au message plein de menace qui leur intimait l’ordre de partir.
© Chachoune



ᚕᚕᚕ


25 décembre 2013 ;
East Jefferson St.


Joan ne voulait pas en perdre une miette mais il allait falloir qu’elle se résigne à ne pas pouvoir assister à la scène complète. Elle n’allait pas être dans la capacité de voir apparaître la surprise puis – du moins l’espérait-elle – la peur sur leurs visages. Ils étaient à l’intérieur de la maison tous les cinq et elle-même se trouvait à l’extérieur, dans le froid, aux côtés d’Evan Davis. Le jeune homme représentait d’ailleurs la partie la plus désagréable de cette interminable attente… Ce crétin n’avait eu de cesse de se plaindre d’à peu près tout depuis le début de la soirée. Monsieur avait froid, il avait faim, il avait la trouille d’être pris, envie de fumer un joint, Monsieur avait soif et envie d’uriner…
Mais Joan savait pourquoi il était là, quel avait été son utilité et ça l’aidait un peu à tenir le coup et à supporter ses jérémiades.

Il s’était d’ailleurs enfin tue depuis que les cinq silhouettes s’étaient avancées pour rejoindre leur lieu d’habitation, sur East Jefferson Street. Joan avait retenu son souffle elle aussi, ses grands yeux brillant d’excitation braqués sur eux, bien à l’abri dans la pénombre. Car, Dieu merci, les lampadaires n’avaient pas encore été installés et se dissimuler était un véritable jeu d’enfant.
EVAN DAVIS Tu crois qu’ils ont… »
JOAN PORTERChut ! » s’agaça la standardiste du bureau du shérif, en lui décochant un bon coup de coude dans les côtes.
Le junkie protesta évidemment, ronchonna dans sa barbe et finit par reprendre la parole d'une voix plus audible.
EVAN DAVISTu crois qu’ils peuvent remonter jusqu’à moi avec la pisse ? »
JOAN PORTER …Pardon ? »
EVAN DAVISBah ouais, j’ai pissé sur le mur… S’ils examinent ma pisse, ils vont trouver de l’ADN et tout ça… »
JOAN PORTERIls ne trouveront rien » soupira Joan en levant les yeux au ciel.
De toute façon, même s’ils trouvent tes empreintes ou une photo de toi en train de tout saccager : ça ne les avancera plus à grand chose, ajouta mentalement la brune, un sourire mesquin se peignant sur son visage.  

Elle se concentra ensuite à nouveau sur l’observation de la scène. Mais elle était forcée de constater qu’il n’y avait finalement pas grand chose à voir. Décevant… Pourtant Evan avait fait des dégâts. Du moins à l’entendre, il avait mis la maison sans dessus dessous. Pouvait-on vraiment se fier aux dires d’un minable dans son genre ? Pas toujours, mais ça non plus ça n’aura très bientôt plus la moindre importance.
Alors pourquoi les Donnelly n’étaient pas déjà ressorti pour crier au scandale, pour tenter de mettre la main sur le malotru qui était venu vandaliser leur domicile de location ? Peut-être étaient-ils en train de faire l’inventaire de ce qui avait été détruit ou volé…  Ou peut-être étaient-ils encore trop sous le choc pour faire quoi que ce soit.
Au moment où elle tiqua d’impatience, une silhouette apparue enfin sur le seuil de la porte d’entrée, restée ouverte. Aahron Donnelly. Il se contenta de jeter un regard à l’extérieur et…referma.
EVAN DAVISQu’est-ce qu’ils font ? »
JOAN PORTEREst-ce que j’ai l’air capable de lire dans les pensées ou de voir au travers des murs ? » soupira Joan avec irritation.
EVAN DAVISEn même temps, t’as pas non plus l’air capable de manigancer une saloperie pareille alors… »
JOAN PORTERQuand j’aurai besoin de ton avis sur quoi que ce soit, tu le sauras » trancha la brune avant de redonner son attention à la maison Donnelly, observant les lumières s’éteindre un peu partout et des silhouettes passer devant les fenêtres pour fermer les lourds rideaux dans celle qui était restée éclairée. Le salon.  
Qu’est-ce qu’ils fabriquent ?
Mais elle n’en saurait pas plus. Elle avait fait relier son téléphone portable au central du bureau du shérif mais aucun appel. Les Donnelly n’avaient apparemment pas l’intention de faire intervenir les forces de l’ordre…  Pas tout de suite du moins. Avaient-ils quelque chose à cacher ?

EVAN DAVISEt hem… A propos de c’que tu m’as promis… »
Joan roula des yeux et se résigna à se détacher du spectacle que ne lui offraient de toute manière pas ses victimes. Elle avait déjà pris un risque en venant observer son œuvre en compagnie de cet imbécile de Davis, la standardiste le savait. Mieux valait ne pas s’attarder par ici. Tant pis, elle ne serait pas la première sur les lieux pour jouer les alliés et reporter… Elle devait se faire une raison.
JOAN PORTERSuis-moi. »
Elle se détourna et, s’enfonça à nouveau dans les bois bordant Grayson pour procéder au paiement en toute discrétion. Elle avait convenu de payer Evan en liquide, mais pas avec des billets. Il était intéressé par tout autre chose…et c’était parfait comme ça.

© Chachoune



Dernière édition par The Scarecrow le Mer 20 Aoû - 11:23, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: 2.2. contexte version longue Mar 27 Mai - 22:15


28 décembre 2013 ; Grayson



Bonnie coupe court à la conversation, et lâche un soupir réprobateur destiné son petit ami. Elle lève les yeux au ciel, et finit par entrer dans sa voiture.

BONNIE HALLTu sais Jay, ça va se retourner contre toi tout ça. Pense à ton karma ! »

Et clac la porte. C’est la troisième fois en deux jours que le jeune homme lui fait des scènes de jalousie. Aujourd’hui c’est parce qu’elle ne s’occupera pas de lui car elle doit rendre visite à son ami cuistot de Trimble, qui bosse à Grayson au Léo’s Déli. Bonnie et Tyler n’ont plus besoin d’être présentés maintenant : l’une est la cousine de Lucinda Redd, l’autre est indien. Cela leur suffit à être catalogués dans la plupart des esprits graysoniens ; en plus d’être la potiche du biker mécano de la ville, et celle d’un junkie foutu dehors par-ledit mécano, Hunter Pendleton. Tout va très vite dans cette petite et charmante ville du Missouri, Bonnie l’a apprit à ses dépends et à ceux de ses deux amis.
Elle embraie tranquillement, passe déjà au-dessus des supplications de Jay qui résonnent dans sa tête, et allume sa radio, une clope coincée entre les lèvres. C’est du bon Janis Joplin, comme un hymne à la rousse, qui s’échappe des enceintes et c’est pourquoi Bonnie se dit que cela va être une très bonne journée. Elle s’est échappée des griffes redoutables de Jay et la hippie lui adresse, d’outre-tombe, des sourires reposés. La rousse se dandine sur son siège, fixe la route avec intérêt, lorsqu’une silhouette attire son attention sur le bas-côté. Elle fronce les sourcils.

BONNIE HALLJanis, quelqu’un a encore buté une vie animale, je crois ! On va voir ça ? Oui, on va voir ça. »

Arrêtée quelques mètres plus loin, la cousine Hall enclenche la marche arrière et revient sur la courte distance qui la sépare de la silhouette immobile. Peut-être un sanglier se dit-elle, c’est suffisamment gros, ça correspond, un peu. Ce n’est pas facile d’avoir une vision objective de l’ensemble, au milieu de ces bois recouvert d'une couche de neige d'un blanc rébarbatif.
La rousse se gare sur le bas-côté de la route sinueuse de campagne, sort et jette le mégot de sa clope au sol. La rousse referme son manteau et avance sur la voie sans prendre la peine de fermer sa portière. Bonnie espère que l’animal n’est pas encore vivant, elle n’a pas envie d’avoir à abréger ses souffrances, c’est inhumain et…

Et la junkie écarquille les yeux, désormais immobile et penchée au-dessus d’un corps. Un corps humain. Une odeur nauséabonde lui brûle les sinus, rend sa respiration abrasive, s’il lui en reste un peu. Elle porte sa main à sa bouche, choquée mais incapable de hurler. Pitoyable tableau qu’elle observe là : des seringues et autres outils de camés parsèment le sol, protégé des chutes de neige par les branches mortes qui n'ont pas encore cédés sous leur poids. Bonnie sait déjà ce que cela veut dire. C’est un homme. Un jeune homme, pense-t-elle, déjà bouffé par les insectes du coin.

Passant au-delà de ses tremblements, elle s’approche, déséquilibrée par le choc. L’odeur est insupportable, alors elle utilise le col de son manteau pour tenter de s’en isoler, sans grand succès. Elle s’accroupit près du cadavre affalé contre un arbre, le menton posé sur la poitrine, un bras grisâtre, mis à nu et où serpente un réseau de veines apparentes impressionnant, tendu, comme s'il cherchait à pointer quelque chose. Dans son autre main, immobile et d'une pâleur écoeurante : un élastique. Elle ne connaît qu’un seul type amateur d’héroïne dans le coin, et Bonnie sent alors son cœur virer à toute allure. Elle prend son courage à deux main, et finit par se baisser complètement, la main tendue et rentrée dans son pull pour venir soulever doucement, précautionneusement, le visage du mort.

BONNIE HALL ▬  PUTAIN ! Evan ! »

La junkie se sent propulsée en arrière et se retrouve rapidement sur les fesses, le souffle court et les mains posées en arrière. C’est définitif, Bonnie est complètement choquée. L’odeur lui revient de plein fouet dans le visage, et cette fois le haut-le-cœur est trop fort, le choc trop brutal : elle se redresse à toute vitesse comme pour fuir et se jette sur le capot de sa voiture. Il est trop tard, la rousse vomit sur le côté de la route de terre gelée, manque de s’étouffer en toussant, incapable de se stabiliser. Elle ne peut s’empêcher de regarder vers le cadavre en lui lançant des regards furtifs. Evan Davis. Un client régulier qu’elle ou parfois Alexander, fournissent en came diverse et variée depuis leur arrivée. Ses pensées virevoltent dans tous les sens, son corps tremble : que doit-elle faire ?

Avant même que sa raison ait prit une décision, la jeune femme se rue dans la voiture, ouvre la boite à gant d’une main et récupère des mouchoirs avec lesquels elle s’essuie. De l’autre, elle pianote sur son portable le numéro du commissariat de Grayson. Rapidement, on lui répond : c’est la voix nasillarde de la pimbêche de réceptionniste qui l’agresse.

JOAN PORTERBureau du shérif, j’écoute ! »
BONNIE HALLJ’viens de trouver un cadavre sur le côté de la rou… »
JOAN PORTERUn cadavre de chien ? Ca arrive souvent à cette pé... »
BONNIE HALLNon ! Un cadavre, cadavre ! »
JOAN PORTEROh ! Oh mon dieu… Shérif Hickok ! Hippolyte !… »

Bonnie patiente quelques secondes avant qu’une voix masculine reprenne le pas sur celle, paniquée, de la standardiste.

HIPPOLYTE HICKOKShérif Hickok, qui est à l'appareil ? »
BONNIE HALLBonnie Hall. Je viens de trouver le cadavre d’Evan Davis. J’crois que c’est une overdose… »

© Bonnie

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2.2. contexte version longue

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