AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Road to Salvation a fermé ses portes.


Partagez | .
 

 03. Scene of the crime - H. Carter

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

avatar
Profil
DISPONIBILITES : disponible
CREDITS : Blinizz sucré
NOMBRE DE MESSAGES : 381
ÂGE : 24 ans
LOGEMENT : Trimble
OCCUPATION : BARMAN/SERVEUR - DEALER
HUMEUR : Excédé.
ETAT PHYSIQUE : Plus ou moins en forme, moins de crise de manque - peut-être parce que je me drogue un peu plus -.
Secrets
Contact

Voir le profil de l'utilisateur


MessageSujet: 03. Scene of the crime - H. Carter Dim 14 Sep - 15:23



Scene of the crime
Carter & Alex


Lundi 5.01.14 – 23h40
 
« Comment vous êtes-vous fait ça déjà ?
-J’suis tombé dans les escaliers. Mauvaise chute hein ? »
 
La doctoresse me regarde avec un air suspect, elle ne croit pas un traitre mot de mon histoire. Savoir la vérité ne lui apportera rien de plus, par contre je risque d’ajouter une page en plus dans mon dossier chez les flics et ça, j’ai moins envie. Je tiens toujours un sac de glace contre mon nez et la douleur est violente, au point que j’en ai gerbé sur le chemin. Les Urgences étaient presque vides lorsque je suis arrivé et j’ai même été surpris d’avoir été aussi vite pris en charge. Si je détestais le Biker, c’était pire aujourd’hui parce qu’à cause de cette enculé je…
 
« Vous avez une belle fracture. Vous avez de la chance, elle est nette, il n’y aura pas besoin d’opération ni de remise en place, juste du temps et de la patience. »
 
Les clichés de la radio glissée sur la machine, on pouvait clairement y voir toute ma gueule en os et la belle petite fracture… Cet enfoiré m’a pas loupé… Et moi non plus. Les souvenirs des coups échangés quelques heures plus tôt m’apportent un soulagement salvateur. Ok, je le haïssais mais bordel que ça m’avait fait un bien fou de pouvoir écraser mes phalanges sur la gueule de quelqu’un. Tout en pensant à Bonnie et à son corps nu sur celui d’Hunter, tout en pensant à Jay, à Carter, à toute cette merde qui me rôde autour. Mais maintenant que l’Adrénaline était retombée, tout n’était plus que douleur, amertume et regret. Même les formes généreuses du Dr Peterson ne semblent pas m’émouvoir.
 
« La patience c’est pas trop mon truc vous savez..
-          Peut-être, mais vous n’aurez pas le choix Mr Grey
-          Appelez-moi Alex, j’ai l’impression d’avoir 40 piges quand vous m’appelez comme ça. »
 
Elle rit en secouant la tête et ramenant une mèche de cheveux derrière son oreille. Elle avait des yeux bleu-vert pétillants et un sourire superbe, que même le plus gay d’entre tous aurait trouvé absolument séduisant.
 
« Très bien Alex, je vais vous prescrire des antidouleurs. Il faudrait revenir d’ici deux-trois semaines pour que l’on puisse vérifier si tout se remet bien en correctement. 
-          Je déteste les hôpitaux… Mais si c’est vous qui me prenez en charge, alors je veux bien faire un effort.
-          Seriez-vous en train de me faire du charme ?
-          Seriez-vous en train de l’espérer ? »
 
Je lui décoche un sourire maladroit, elle rougit subitement avant de lâcher un petit ricanement et de se racler discrètement la gorge.
 
« Bon… je … je vais vous faire votre ordonnance, je reviens.
-          Prenez votre temps. »
 
Je la regarde partir et ne bouge pas d’un poil, toujours assit sur ce lit d’hôpital. Il faut croire que le bon vieux Alexander n’est pas totalement mort … Du moins, moins mort que celui qui connait Bonnie. Le miroir d’en face me reflète et ce que je vois, c’est pas beau du tout. Enfin, pas aux yeux du Dr visiblement. Le sang a été nettoyé par ses soins pour ensuite poser une sorte de sparadrap sur l’arrête de mon nez. Ma gueule est tuméfiée au niveau de la pommette, l’arcade qui était ouverte il y a une heure, possède désormais un pansement pour rapprocher les plaies. Ma lèvre est ouverte sur le coin, mes yeux sont cernés… bref, j’ai l’air d’un clochard qui s’est battu pour la dernière bouteille de mauvais vin. Avec mon sweat en sang et mon jean troué et plein de terre au niveau des genoux, on aurait même pu croire que je venais d’enterrer un corps et j’aurai bien voulu que ça ce soit celui d’Hunter. Ce fils de chien n’est qu’un amas d’ordures bon à se faire cogner à chaque angle de rue. Mais malgré tout ça, j’dois avouer qu’il a une putain de droite. Si belle, qu’il m’a fracturé le nez… J’espère que j’ai autant réussi ma tâche avec son genou. La douleur me lance un peu moins depuis qu’elle m’a refilé un cacheton même si j’aurai pas été contre une petite dose de morphine pour apaiser le tout et me faire planer loin là-haut.
 
Je joins les mains entre mes jambes et tente de patienter, en silence. J’aime pas le silence, j’aime pas attendre, parce que c’est l’instant où tout vous revient dans la gueule. Et la première à débarqué c’est Bonnie. J’ai été tenté de l’appeler pour lui dire en riant que j’me suis battu avec l’autre malade …. Jusqu’à ce que je me souvienne pourquoi j’suis ici. Parce qu’elle a couché avec, elle a donné son corps à ce fils de pute qui a déjà tenté de me démolir il y a quelques semaines de ça. Si j’prends ça comme une trahison ? Putain que oui. Y a trop de chose qui s’accumule. Hunter, Jay, le silence et l’absence de Bonnie. Ma dispute avec Carter qui pourtant, m’avait envoyé un message d’excuse. Même avec ça, j’ai pas réussi à la rappeler. Par putain de fierté et parce que je veux plus entendre parler de toute ces histoires de nanas … ça fait trop. Et l’agacement est là, à me tenir la jambe depuis trop de temps. J’ai qu’une envie c’est de me tirer loin d’ici, de me faire oublier, et ce malgré tout ce que ça engendrera.
 
C’est con mais le Dr Peterson est presque comme un petit rayon de soleil parmi tout ça avec son sourire qui ressemble plus à un miracle qu’à un truc banal. Elle revient peu de temps après, toujours un peu les joues rouges et me tend une ordonnance avant de glisser les mains dans les poches de sa blouse.
 
« Voilà pour vous Mr Gr… Alex. Suivez bien les doses prescrites et ça devrait aller mieux.
-          Ok, si vous le demandez si gentiment alors y a pas de raison que j’désobéisse. »
 
Tu mets la gomme là Alex.
 
« Oh pourtant j’ai de furieux doute quant à savoir si vous êtes un gentil garçon ou non… Je ne pense pas que ce sont ses escaliers qui vous ont frappé…
-          Vous croyez ? Pourtant, ceux de mon immeuble sont hyper violents dans leur genre. »
 
Elle sourit de nouveau et je me dis qu’au moins dans cette soirée, quelque chose de beau se produit. Je me lève en pliant l’ordonnance en y jetant un bref coup d’œil … Un détail m’interpelle. Je lève les yeux vers le médecin, un demi-sourire aux lèvres. Ses joues s’empourprent mais elle soutient mon regard :
 
« Bonne nuit Alex et … tâchez de prendre soin de vous. »
 
Elle tourne les talons et sort de cette chambre. Moi je suis comme un con, avec mon ordonnance à la main comportant le numéro de portable de ce petit miracle de la nuit.
 
Mardi 6.01.14 – 00h30
 
J’arrive à l’appartement, frigorifié. Je m’attends à un miaulement d’affamé mais une fois encore je goûte à la réalité : Bonnie s’est tiré vieux. C’est finit maintenant. Mais une vie sans Bonnie, c’est pas tellement une vie. C’est ce que je me suis rabâché durant des années, maintenant voilà le résultat… Je jette mes clés sur le comptoir ainsi que l’ordonnance où le numéro du médecin y était inscrit et qui d’ailleurs, était déjà enregistré dans mon téléphone. Dr Sourire. Ça lui va plutôt bien… et puis, je ne suis jamais contre une nuit de plaisir même si c’est la dernière chose à laquelle je pense maintenant. Non, là j’ai surtout le cerveau écrasé par la douleur et par l’exaspération. Même après avoir frappé ce connard, je me sens toujours aussi… haineux. Comme si ça suffisait pas pour évacuer toute cette rage qui gronde. Si j’affichais un sourire face au Médecin, à la seconde même où je suis sortie de cet hôpital, tout m’est revenu dans la gueule.
 
Je m’affale contre le canapé en retenant un grognement de douleur. Ok, il m’a fracturé le nez mais il m’a laissé des bleus sur les côtes qui resteront en souvenir pour un petit moment. Je tâte mon nez avec prudence, grimace et laisse tomber. La douleur me lance jusqu’au creux du cerveau. Un jour, j’étriperais ce mec.
 
Mon portable vibre dans ma poche, à l’écran : Jim. Je décroche presque aussitôt
 
« Jim ? T’as mis du temps à …
-          Mec, j’ai pas le temps de discuter. Faut que tu m’aide.  »
 
Je me redresse en douceur, saisissant dès l’instant l’urgence dans sa voix. Essoufflé, voix rauque et basse, Jim est complètement paniqué.
 
« Qu’est-ce qu’il y a, tu…
-          Tu t’souviens de notre ancien fournisseur à San Fransisco ?
-          Un peu que j’m’en souviens, t’avais pas intérêt à essayer de le berner celui-là si tu voulais pas te retrouver avec deux de ses malabars sur le cul.
-          Justement, j’suis dans une putain de merde … j’vais crever si tu m’aide pas. »
 
Instant de bug, moment de sueur froide. Je sors machinalement une clope du paquet qui traine sur la table basse et m’en allume une, en silence.
 
« Qu’est-ce que t’as foutu Jim…
-          J’peux pas te raconter maintenant. Ils sont à mon cul et ils vont me buter ..
-          Combien tu leur dois ?
-          … 2000$
-          Putain Jim tu déconne ou quoi !! Marco est un malade mental bordel qu’est-ce que t’as été foutre à jouer à ça avec lui !
-          Putain gueule pas mec ! J’ai la thune mais … mais j’ai rendez-vous dans la nuit de Jeudi à Vendredi avec eux merde, j’veux pas y aller tout seul. Ils vont m’flinguer.
-          Y a pas d’raison, Marco veut juste son fric.
-          Non mais dans quel monde tu vis Alexander ! Tu crois qu’ils vont me laisser filer après ça ? Tu t’fourre le poing dans le cul, ils vont me buter après m’avoir fait bouffer mes tripes. Ce type est malade, il a été jusqu’au taff de Salim pour le faire Sodomiser par un de ses gardes du corps pour ensuite lui arracher le cœur par la gorge. »
 
Forcément, ça donne matière à réfléchir un bon millier de fois avant de faire affaire avec Marco. Il y a plusieurs incohérences dans ce qu’il me raconte et j’comprends que la moitié de l’histoire. Je pousse un soupir et me passe une main sur le visage. Jim est un ami de longue date sur qui on a toujours pu compter et le laisser dans cette merde, ne serait pas mon genre. Mais en me pointant là-bas avec lui, j’ai autant de chance d’en sortir vivant qu’un mec étant en phase terminal d’un cancer.
 
Pourtant, je sens déjà ce feu au ventre à l’idée de vivre un peu d’adrénaline, de risque. Autre chose que tout ce que j’ai pu vivre ici depuis le début.
 
« T’attends quoi d’moi ?
-          Juste que tu viennes avec moi pour discuter… j’passe te chercher chez toi s’tu veux… Peut-être que si t’es là il…
-          Ok, j’t’attendrais Jeudi soir, je t’envoi mon adresse par texto. »
 
Et je raccroche sans attendre. Je me lève et file dans la chambre, prend une douche chaude rapidement avant d’enfiler un autre sweat et un autre jean, laissant les anciens tachés de sang et de terre sur le sol. De toute manière j’vis seul alors c’est bien le dernier de mes soucis.

Jeudi 8.01.14 – 23h35

J’ouvre le tiroir de ma commode et en sort un sachet de poudre blanche. Jim est mon pote et oui j’vais lui donner un coup d’main mais même si l’adrénaline parcoure déjà mes veines, la peur stagne au creux de mon estomac. Ces mecs sont des malades et même si je suis à peu près sûr qu’ils foutront la paix à Jim pour ses bons et loyaux services, nous sommes sûrs de rien … En plus, je dois partir en bagnole avec lui alors rien de tel qu’un rail ou deux pour se donner quelques grammes de courage…

Jim roule depuis près de 40 minutes et j'ai comme l'envie de le buter.

« T'aurai pas pu me dire la vérité dès le début hein ... Non t'as préféré cacher le plus gros pour me rameuter avec toi. T'es vraiment un enculé sur ce coup-là Jim.
- J'suis désolé Alex...  j'ai paniqué…
- J’en ai rien à foutre. On risque de se faire buter tous les deux, pour le moment c’est tout ce que je vois. »
 
Parce que c’est imbécile m’a menti et qu’il n’a sur lui que 1000$ pour rembourser Marco et qu’il a rendez-vous dans un petit coin paumé proche de Lexington, avec deux de ses malabars. A la seconde même où ils constateront que la somme complète n’est pas là, notre arrêt de mort sera signé … Encore maintenant, je sais pas comment on va se démerder. Je pourrais lui dire de faire demi-tour et de lui hurler qu’il n’avait qu’à se démerder … mais je n’en fais rien. Peut-être par envie d’action d’adrénaline … et peut-être parce que mourir ne me fait plus peur.
 
Je regarde le paysage défilé avec nervosité. Mes doigts tapotent un rythme inexistant sur le sommet de mon genou. De 1) J’ai peur en bagnole et même la coke ne m’aide pas. De 2) Je sens la même sensation que lorsque j’ai su qu’Hunter et moi allions nous frapper mutuellement. Mais cette fois, la sensation est décuplée, plus vibrante et violente. Je me sens … vivant.
 
Marco est un malade, certes, mais il reste une petite frappe qui ne risquera pas trop de se mouiller. Tuer un petit dealer ne lui fera rien risqué … les règlements de compte sont récurrent. Même la mort de Marco pourrait passer inaperçu et autant dire que s’il envoie ces deux gardes du corps à sa place c’est bien parce qu’il n’en a rien à foutre de leur gueule et que lui-même à peur pour sa vie. En revanche… il n’hésite pas à mettre les moyens quand ça lui chante. Une vraie contradiction ce garçon, c’est bien ça le plus flippant. On sait pas à quoi s’attendre avec lui.
 
« T’as ce qu’il faut au cas où ?
-          … J’ai… j’ai juste la batte de baseball de mon p’tit frère.
-          Putain mec t’es sérieux …
-          Désolé.
-          Pourquoi t’es venu jusqu’ici ? Je lâche un soupire qui en dit long sur mon état. T’aurai pu trouver un autre pote pour te filer ce coup de main.
-          J’ai voulu fuir Alex. Marco est une grande gueule mais quand il envoie ses dobermans, c’est beaucoup moins drôle. J’ai su que t’étais partie dans le Missouri avec Queen B, j’me suis dit que si je passais du temps aussi loin de S.F, il m’oublierait … mais visiblement… »
 
Il reste concentré sur la route et moi je cherche encore un moyen pour nous sortir de toute cette merde. Faire demi-tour le conduira directement à la mort, voir à la mienne. Ils ne tarderont peut-être pas pour faire le lien, sur le fait que je n’habite pas très loin…
 
« Et tu comptes t’y prendre comment une fois là-bas hein ?
-          J’en sais foutrement rien Alex… »
 
Je tourne mon regard vers Jim et le vois plus pâle que jamais. Il était mal, très mal. Tremblant, transpirant, crispé sur son volant. Chose qui ne me rassure pas tellement en vue de la situation… accroché à la poignet intérieur de la portière, je m’y agrippe à m’en faire mal aux jointures.
 
Jim était un mec sans histoire si on oublie qu’il soit dealer, c’est un type bien. On a déjà eu besoin de lui et il a toujours su être là. Je suis un connard… mais pas au point de le laisser tomber comme ça.
 
« Au fait… J’vais être Papa. »
 
Electrochoc.
 
« Tu déconnes … ?
-          Non. Il affiche un sourire timide. Janis m’a annoncée ça juste avant que tu partes…
-          Merde alors… Jimmy Brasko, toi le p’tit branleur des rues, tu vas avoir un gamin.
-          Et ouais… La vie avance. Sur le coup j’ai pas tellement bien réagit. Un gosse et tout ce que ça engendre, j’étais pas tellement pour vivre ça. J’ai que 25 piges et j’avais d’autre projet. Mais finalement, l’idée est plutôt amusante. J’sais pas, il s’est passé un truc là-dedans quand j’ai vu l’échographie. Il tapote du bout du doigt sa tempe
-          T’as surtout trop fumé mon vieux !
-          Justement, ça aussi j’essaie d’arrêter… d’être clean tu vois. C’est mieux pour la p’tite. Pour nous en fait.
-          Putain, t’as sacrément changé … tu m’as raconté cette histoire pour que j’sois plus réceptif à démonter la gueule de ses types ?
 
Il rit jaune, se crispe un peu plus.
 
« Non… juste que t’es mon pote. J’voulais que tu l’sache. Ca me manque de plus vous voir dans le coin avec Queen B, tu sais ? »
 
Je détourne le regard et murmure un « j’sais » à peine audible. Je revois Bonnie en larmes dans cette salle de bain, m’annonçant avoir avorté deux fois sans m’en parler. Sans que je ne sois au courant de rien… Si ça avait été le cas, est-ce que j’aurai eu la même réaction que Jim ? est-ce que moi aussi j’aurai eu ce putain de déclic ? Tous les jours je me pose la question et tous les jours j’me réveille en me disant que si … que dans une autre vie, il y aurait pu avoir un gamin dans les pièces de l’appart’. Mais pas comme ça, pas ici, pas dans nos états… Pas avec Bonnie. Non, elle est partie pour faire sa vie ailleurs. Dossier clos.
 
« J’suis content pour toi vieux… appelle moi quand Janis aura accouché que je vois le chef d’œuvre ! »
 
On vit dans un monde parallèle… Deux potes en train de discuter du futur enfant de l’autre alors qu’ils roulent droit vers un danger de mort.
 
« Tu sais, toi aussi t’as changé. T’es beaucoup moins brutal qu’avant … dire que j’me chiais dessus à l’idée de te demander de v’nir m’aider…
-          Ta gueule Jim, ça peut encore changer.
-          Alexander Grey est devenu un Nounours au cœur de chamallow c’est ça ? Si on m’avait dit ça un jour… Y a forcément une nana là-dessous ! »
 
Je laisse échapper un grognement désapprobateur. Ce p’tit con à raison et j’le sais. Grayson et Trimble ont eu l’effet d’un calmant et ça, ça m’plait pas. J’étais toujours le même mec bourru mais fut une époque, j’étais beaucoup moins… conciliant, patient et calme.
 
« C’est Bonnie c’est ça ? »
 
Je tourne la tête vers lui, la mâchoire serrée.
 
«  Quoi c’est Bonnie…
-          Joue pas au plus con avec moi hein, j’vous connais depuis 5 ans…
-          Et alors ? Y a rien entre elle et moi, on est pote depuis qu’on porte des Pampers et qu’on chie dedans. Et arrête, on dirait une discussion de tantouze.»
 
Il sourit. Le genre de sourire qui veut tout dire. J’le déteste. J’aime pas quand il fait ça. J’aime pas quand il parle de ce genre de chose là.
 
« T’façon, elle te tiendrait par les couilles …
-          Va t’faire foutre Jim et arrête avec ça, si t’as pas envie que la batte serve à te refaire ta jolie p’tite gueule. »
 
Il lève la main en signe défensif. J’crois qu’on continue de parler de tout et de rien, comme des vieux potes retrouvés et malgré les circonstances, je dois dire que … ça fait du bien. Ouais, c’est toujours bon de revoir un gars comme Jim et c’est en discutant avec lui que j’me rends compte à quel point San Fransisco me manque. Bonnie me manque. Ma vie d’avant me manque…
 
 Mes yeux se posent sur le paysage désertique… aussi désertique que peut l’être ma vie dernièrement.
 
Vendredi 9.01.14 – 2h20
 
« Bon… le mieux c’est que j’me planque non ?
-          Quoi ? T’es malade, moi j’me plante pas devant eux tout seul avec seulement 1000$ !
-          Putain Jim arrête de gueulé et de faire ta fiotte merde. J’te dis que si jamais ça s’passe mal, j’interviens. Marco est taré mais peut-être qu’il te donnera un délai supplémentaire.
-          Fais chier, fais chier, fais chier…. »

Il tourne en rond, se bouffe les ongles et tremble plus que jamais. Il fait nuit noire et on est paumé sur une plaine au milieu de nulle part. Seuls les phares de la bagnole nous éclairent suffisamment pour qu’on puisse voir un peu autour de nous. J’ai une boule au ventre mais Jim est dans un état pire que ça. Il se passe une main dans les cheveux, me redemande si j’ai un sachet de coke et pour la 3ème fois je lui dis que non j’en ai pas et que de toute manière, j’lui donnerais rien. Il veut rester sobre, non ?

Je regarde ma montre et prend conscience que personne sait où nous sommes. On pourrait bien crever tous les deux que personne ne nous retrouvera un jour.
J’ouvre le coffre de la bagnole et saisit la batte entre mes doigts. J’suis nerveux, j’ai chaud sous mon sweat malgré le froid de ce mois de Décembre. Jim lui est complètement transpirant sous son manteau d’hiver.

« J’vais rester planquer derrière les buissons là-bas, ok ?
-          Putain de merde… j’vais me chier dessus.
-          Arrête, ça va bien s’passer. Ça dérape, j’interviens et on se tire, vite.
-          Merci.. tu sais vieux, tu..
-          Ta gueule, j’veux pas de ton discours à la con. Tu vas pas crever, t’aura tout le temps de m’avouer ton homosexualité plus tard…  »

Je lui accorde un sourire qui se veut rassurant et tourne les talons pour me cacher dans les fourrées à 3 mètres de là, le ventre crispé.
 
Vendredi 9.01.14 – 2h35
 
Ça fait deux minutes qu’ils sont là et déjà, je sens le merdier arriver. Ils sont tendu, nerveux. Ça se voit, ça se sent. Ils ont le comportement des types qui sont décidés, qui ont un but bien précis. Je suis derrière un buisson, bâte bien en main, prêt à venir dégommer leur gueule s'ils touchent à Jim. Je transpire sous mon sweater par nervosité et je dois l'avouer... un soupçon d'angoisse. J'ai pas envie de buter ces mecs, ça m'ait arrivé une fois et ça m'a suffit. J'veux pas devenir un de ces types qui ont du sang sur les mains. Même si c'est déjà le cas...

J'entends des voix, des murmures. Comme s'ils avaient peur que quelqu'un les entende mais d'ici, je peux voir Jim qui est pâle comme un mort, presque conscient de sa dernière heure... Aux aguets, je surveilles, le cœur pulsant contre mes côtes, l'adrénaline me donnant l'impression d'avoir les sens aiguisés. Ils s'agitent. Jim recule et à la seconde même où je vois le plus grand de dos, fourré la main dans sa veste … Je m'élance comme un fou. Je sais pas ce qui m'a poussé à faire ça mais j'réfléchis pas parce que je ne suis qu'à un mètre de lui lorsqu'il brandit l'arme droit sur Jim. Je prends mon élan, comme si ma propre vie en dépendait.

J'élance mon bras avec force. Craquement. La bâte se brise en deux. Grognement. Raide sur le sol. Jim n'a pas réfléchit, propulser par l'envie de vivre sûrement et se jette sur le plus maigre qui se fait sonner par une droite, prit de vitesse par ce qu'il venait de se passer. Mon morceau de bâte désormais inutile toujours en main, je regarde la scène, troublé... déconnecté. Ça sent mauvais, putain ça sent la mort pour nous tous. J'ai le souffle court, le cœur qui bat plus fort que tout à l'heure mais … l'adrénaline est présente, le frémissement de l'action aussi. Ça fait bizarre, ça fait presque du bien. Jim se prend une droite, puis une deuxième qui le fait rouler sur le sol. L'autre connard qui malgré sa taille, était tout de même bien taillé, se rue sur lui et le frappe. Encore, et encore. Je m'élance et mon pieds s'écrase sur ses côtes mais … cet enculé est plus rapide que j'le croyais. Il amorti le choc, me saisit le genoux et tire d'un coup sec pour me faire tomber sur le sol lourdement. Ma respiration se coupe une micro-seconde et une violente douleur me scie entre les poumons. Je me prends un coup dans la pommette où je sens ma plaie se rouvrir dans un déchirement douloureux au point qu'elle se répercute jusque dans mon nez fracturé. Il m'en envoi un deuxième mal calculé près de la mâchoire et moi, je perds le nord ; Le sud. Ou ce que vous voulez. Mon cerveau est une bouilli de douleur mais pourtant y a un truc qui persiste : La vie. L'envie de vivre. Cette rage profonde qui vous laisse encore conscient. Mon poing s'élance et atteint le torse de mon adversaire, puis un autre qui lui est placé droit dans l'arcade. Suffisamment pour le sonner et le faire reculer.

Et là, tout se passe très vite. Incroyablement vite. Ou trop lentement, putain j'en sais rien. J'ouvre les yeux et je le vois là, devant moi, à genoux. Reprenant son souffle, la gueule en sang. Le même réflexe s'impose à nous... Le flingue du premier colosse à quelques mètres de nous. On se regarde et ça me prend aux tripes, c'est violent, c'est angoissant et putain, c'est vitale. En cette même seconde, on a comprit lui et moi qu'un de nous deux allait crever. Et ça ne sera pas moi. Pas maintenant et pas comme ça. Je me retourne avec précipitation sur les genoux, l'autre se lève avec peine et s'élance, trébuche. Je prends appuie sur mes pieds et m'élance avec force pour tomber à plat ventre contre le corps du plus grand qui ne s'était toujours pas réveiller – et il était même peut-être mort -. Ma main se pose sur la crosse, le métal est glaciale, mon souffle est coupé. Tout ne tien qu'à une seconde. Cette même seconde où d'un coup de hanche je me retourne et tire, à l'aveugle. Le recul me frappe les épaules avec violence contre le sol et un corps chute lourdement sur  mes hanches Je suis sonné par le bruit, la bouche entrouverte, le souffle court. La fumée que nos corps ont produit sur le sol me fait tousser. Mais je reste là, comme un con, sentant un liquide chaud et poisseux s’infiltrer partout sur mon jean et mon sweater. Le flingue toujours en main, je le lève à la hauteur de mes yeux, mains tremblantes... et je percute. J'ai tué un mec. Je l'ai buté à bout portant et vu l'état de son crâne... Putain. Putain de merde. Celui sur qui je suis adossé n'a pas l'air plus en vie. Deux hommes. J'ai ôté la vie à deux hommes, deux êtres humains comme moi.

Je jette le flingue plus loin, par dégoût. Jim est maintenant debout devant moi, la gueule tuméfié et en sang, une main sur sa bouche...

« Putain... tu l'a … merde. Merde. »

Je m'aide de mes jambes et de mes bras pour pousser le mort avant de me passer mes deux mains sur le visage et de me relever, les jambes chancelantes, tremblantes.

Je n'arrive pas à quitter les deux corps des yeux, sentant Jim tourner en rond, mains sur la tête, en panique complète. Et moi... je suis pas là. Je suis hors du temps, n'arrivant pas à croire mes gestes, mes élans. Mon acte. Je les ai buté, tous les deux. Plus de vie, plus rien. Mort, raide. Par ma faute. Je ne prête pas attention au sang qui coule sur mon visage, ni de la douleur dans mes mains. Mon esprit ne capte que ces deux morts et Jim, qui s'affole de plus en plus.

« Fais chier, fais chier, fais chier.... Putain, ils sont mort. Merde, Alex, ils...
-FERME TA GUEULE JIM ! Putain, ferme ta grande gueule ! »

Il se tait face à mon regard plein de haine et je me retourne, dos aux corps, marchant quelques pas, me passant mes mains sur mes cheveux rasés il y a deux jours. Je tourne en rond, m'arrête, puis recommence. Désorienté.

« Qu'est-ce qu'on va faire ? L'autre est mort aussi ? 
J'en sais rien putain. Va regarder. »

Il hésite mais y va, il sait qu'il n'a pas tellement le choix avec ce qu'il vient de se passer. Il pose ses deux doigts sur la gorge du premier type et après quelques secondes, lâche un énième « putain de bordel ».

Mort aussi, pour de bon. J'avais à mon actif la vie de trois hommes, sûrement père de famille aimant, peut-être un des pires enfoirés que cette terre ait pu porter, ou tout simplement un mec qui tente de se faire une place. Je les ai tué. Comme un putain de meurtrier.


Vendredi 9.01.14 – 5h du matin

Je suis assis contre un muret, à côté d'une station de service de Lexington. Une clope se consume entre mes doigts et mon regard est dans le vague, dans le vide. Mais mes pensées sont surtout au fin fond des plaines désertiques où Jim et moi avions déposé les deux corps après une bonne heure de route, histoire que seuls les charognards aient le loisir de se délecter de cette chaire offerte. On a pas échangé un seul mot jusqu'à ce que nous ayons finit.

« J'te ramène ?
Non. Rentre chez toi dès cette nuit... Appelle ce numéro, je lui tend un morceau de papier. Tu dis que tu viens de la part de Grey, Louis comprendra. Il t'aidera à trouver la thune qu'il te manque mais démerde toi pour l'envoyer à Marco rapidement. S'il te demande où sont ses types, tu les a jamais vu. Tu n'es jamais partie. Tu ne m'as plus reparlé depuis que j'me suis tiré de San Fransisco.
S'il me croit pas ?
Alors j'peux rien faire de plus pour toi. »

Il comprend. Il me serre la main avant de me serrer dans ses bras et de se tirer après m'avoir déposer ici. Après avoir gerbé de la bile, je me retrouve maintenant à fumer comme si de rien n'était, le sweater et le jean en sang, la gueule un peu plus amochée que la vieille. L'adrénaline est encore suffisamment là pour que je ne ressente aucune envie de dormir malgré la lourde fatigue qui me pèse sur les épaules. J'ai tué deux mecs. J'ai tué deux types que j'connaissais même pas. Et je me répète ça, en boucle depuis déjà une bonne demi-heure.

Je finis ma cigarette et l’écrase contre le bitume avant de glisser ma main dans la poche de mon sweat. Je déverrouille le portable, ouvre le répertoire et me glisse automatiquement sur Bonnie.

Je bug complètement. L'appeler ? C'est ma première envie, parce que c'est la seule qui me récupère dans une galère même si celle-ci était beaucoup plus différente. Mais c'est elle que j'ai envie de voir, elle seule pourrait comprendre mon silence malgré le sang qui me tâche, malgré mes yeux brillants. Pourtant, j'hésite. A cause de tout ce qu'il se passe, à cause de tout ce ce qu'il s'est passé. Je repense à Jay, au corps nu de Bonnie qui doit être blotti contre le sien. Une douleur acide me ronge aussitôt. Je descends dans mon répertoire et la personne suivante : Carter. Même chose, même combat mais pas pour les mêmes raisons. Il fait encore nuit, le froid commence à me glacer les articulations. J'appuie, j'appelle... tonalités. Je n'espère pas qu'elle décroche parce qu'elle a un million de raison de pas le faire. Je suis un connard sans cœur, un enfoiré qui comprend rien et surtout, je suis un meurtrier même si ça, elle le sait pas.

Sa voix résonne, froide, tranchante. Ma gorge se serre. Je me sens dégueulasse.

« Désolé, j'te dérange sûrement. »

Elle répond, je suis hors du temps. Je me sens pourtant lourd.

« J'ai besoin d'toi. Faut que tu viennes me chercher à Lexington, à côté de la station service « BP ». »

Je laisse passer quelques secondes, le ton de ma voix est tremblant, presque incertain. Presque mort.

« J't'attends là. »

On raccroche. Je glisse mon portable dans ma poche et ressort une nouvelle clope. J'ai devant moi, une heure pour me revoir buter ce mec avec la froideur d'un tueur à gage. Je coule sous ma culpabilité et mon dégoût. J'ai fais ça pour me protéger, pour protéger Jim. Mais j'aurai tout aussi bien pu les asssomer, non ?

T'avais pas le choix...
Revenir en haut Aller en bas
 

03. Scene of the crime - H. Carter

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Road to Salvation :: VILLES ALENTOURS :: Le reste du monde-