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Road to Salvation a fermé ses portes.


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 00. Pregnancy test.

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CREDITS : Bazz
NOMBRE DE MESSAGES : 437
ÂGE : 22
LOGEMENT : Entre chez l'oncle à Grayson même et Ethan à Trimble
OCCUPATION : Danseuse / dealeuse
HUMEUR : Ta mère.
ETAT PHYSIQUE : Plutôt fatiguée par les récents évènements, style avortement, bagarre tout ça.

29/12/13 : bagarre avec Carter > visage tuméfié, côte cassée, main droite fracturé. Bleus et autres blessures au visage. Rambo quoi.
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A propos du secret: C'n'est pas mon problème.
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MessageSujet: 00. Pregnancy test. Ven 22 Aoû - 20:00

“ Here we stand, like flowers in the cold, wilt and wither.“


go there baby, there's a place somewhere for you

Je rembobine la cassette du début. Quelque chose m’avait échappé, je crois. Je ne sais pas ce que je fais là, dans cette salle de bain, paumée. Un sentiment d’impuissance m’est parvenue, quelque chose s’est mal goupillé dans l’engrenage. J’ai tendu le petit truc blanc devant les yeux et ai recompté les petites barres, quoi qu’il y’en ait peu, mais juste assez pour me rendre complètement transparente. Livide, les jambes tremblantes, le sol s’est dérobé sous mes pieds. Je crois. Rien ne se passait comme prévu depuis ces dernières semaines, mais une routine s’était installée, aussi bien dans ma vie extérieure, qu’entre Ethan et moi. J’ai senti ma respiration se couper, et j’ai fermé les yeux, pour les serrer aussi forts que possible. A m’en donner mal au crâne. Mais quand je les ai ouvert de nouveau, les deux petites barres étaient bien là. Bien bleues. Saillantes, j’avais l’impression de voir une sorte de smiley, de signe, dans ces petites traces matérialisation de ma propre décomposition. J’ai souhaité que tout change, que tout recommence, que ma journée aussi pourrie soit-elle redémarre du début. Mais rien ne s’est passé, j’ai espéré ce miracle de longues minutes durant, en laissant l’eau couler dans la baignoire. Tout avait commencé bêtement, finalement.

Ces derniers temps, je me savais à fleur de peau. Je ne savais pas pourquoi, tout me semblait flou, et un rien m’irritait. Je savais que je prenais la tête à Ethan pour des futilités mais dans ces instants, elles me semblaient monstrueusement importantes. Des tasses pas rangées, le lit pas fait. Je n’en étais pas au point de pleurer pour un rien, mais les moments de tristesse que j’éprouvais devenaient plus imposants en terme de temps et d’intervalles que ceux de joies et de rire. Versatile plus que de nature, je subissais de violents changements de comportement, et d’humeur. Ethan, c’était lui qui en faisait le plus les frais, pourtant habitué à mon caractère littéralement de merde. Et puis, je ne sais pas pourquoi, depuis une semaine, peut-être deux, de subites nausées m’ont secoué l’être. Au début je ne me posais aucunes questions, je devais être simplement malade entre les prises de drogue à répétition et sortir du bar, en novembre, dans cette ville pourri, avec pour seule protection un trench par-dessus un short et un soutif. Je me laissais aller, et je laissais couler les choses. Et puis, hier matin, les nausées se sont carrément concrétisées dans le fond des toilettes, penchée par-dessus à vomir tripes et boyaux, comme pour un lendemain de cuite. J’étais vraiment mal, et ce matin la même chose. Une petite pensée malsaine s’est insinuée dans mon esprit, se confondant avec les autres plus banales. Lèves toi. Habille toi, va faire du café, regarde l’heure qu’il est, je met quoi aujourd’hui ? Et si ça recommençait, comme y’a deux ans. C’est quoi le temps aujourd’hui, faut que j’appelle Tyler, où est Ea ? Et si t’étais enceinte, Bonnie ?

Par pur instinct de protection, j’ai voulu me rassurer en me disant que ça n’était pas possible. Nié, le plus fort possible, devant mon miroir, jouant un remake de la scène de Kill Bill. Et même si la vie de Black Mamba n’avait pas été de tout repos, cette scène particulièrement incongrue, je me retrouvais dans la même position. Elle était blonde, j’étais rousse. Elle était sapée, plutôt pas mal et sacrément canon, moi j’étais frêle, en t-shirt XXL, les yeux injectés de sang. Sommeil de plume, réveil la tronche dans la cuvette. Chacun son truc, elle faisait les choses avec classe, j’avais l’impression de ressembler à la vieille mendiante qui stagnait dans les caddies d’un supermarché de Caswell. Peu m’importait vraiment, seule ma dernière question tournait devant mes yeux comme une volute de vapeur mêlée à la fumée de ma cigarette. Ethan était déjà debout, dans le salon, et ne m’avait pas entendu, j’étais donc restée dans cette salle de bain, scrutant ma gueule défaite, les traits tirés, les cernes qui pendaient. Et j’ai pris une décision. Il fallait vérifier. Rien qu’à l’idée qu’il puisse apparaître un plus ou quelconque signe positif me rendait malade. Des tremblements d’angoisse, et de nervosité tiraillaient mes mains. Je me suis juste habillée, vite fait. En coup de vent, j’ai dis bonjour à Ethan, et fit mine d’aller au tabac. Un passage par la pharmacie, la boîte du test enfoncée dans le fin fond de mon sac à main, je lui ai ramené un paquet de clope, balançant le mien sur la table, genre, je vais me doucher. Et il y a  cru. Bien sur, ça n’avait rien d’anormal, pourquoi mentir sur le fait de prendre une douche. Il était loin de cette vérité cachée depuis deux longues années, qui m’ont parues rudes, et compliquées, quant à l’entretien du secret. Alors il m’a gratifiée d’un sourire à la Ethan, une de ses rares mimiques, lui qui avait tendance à arborer la gueule typique de l’asocial bourru et le faciès du branleur par excellence, celui dont les traits sont modelés par l’indifférence. Et je sais pas, il a voulu. Il m’a sourit, c’est rare, je m’en suis abreuvée. Ça m’a découragée, totalement, et le faible sourire que je lui ai rendu ne devait pas avoir autant de valeur que le sien. Mais, pas con comme il est ( quoi que le coup du chat prouvait toujours son imbécilité, et celle de Tyler. ) il n’a pas insisté, au risque de déclencher la tempête nommée mère dragonne as known as Bonnie Hall.

J’ai donc récupéré la petite boite précieuse et filé comme une voleuse dans la salle de bain. J’ai fermé le rideau, allumé l’eau par le côté, pour rendre la supercherie plus crédible encore. Je savais qu’il devait travailler, et sa propre douche était déjà faite, il n’avait plus qu’à enfiler sa chemise puisqu’il avait tendance à se trimbaler à moitié nu le matin, et se barrer vite fait bien fait. Je n’attendais que ça, et ça me désolait. Il n’avait rien à voir dans l’histoire, ou peut-être un petit peu. Beaucoup. Moitié-moitié.
J’ai ouvert la boite, lu les instructions, et dans ma tête défilait la scène du Tarantino, ce qui m’extirpa un sourire malgré mon teint blafard et mon incapacité à tenir debout. L’idée que l’histoire puisse se dérouler une seconde fois me faisait trembler, j’en avais les larmes plein la gorge juste à cette pensée. Pourtant, je ne suis pas une fillette chouinarde qui pleure devant un film ou à quelconque occasion. Mais celle-ci m’a laissé des traces indélébiles sur le ventre, et chaque fois que je les frôlais, les voyais, alors tout se déchaînait à l’intérieur de moi. De la culpabilité à la haine, d’un chagrin profond au pur déni. Non, ça ne pouvait pas se passer comme ça. J’me suis assise sur ces putain de toilettes, procédé à ce putain de test, et j’ai attendu. Attendu, encore, et encore. Pour la deuxième fois dans ma vie les trente secondes qui ont précédé l’apparition fatale ont étés les plus longues, les plus lentes et les plus angoissantes données à vivre. Quelque chose s’est mit à bouillir en moi, comme si toutes les larmes encaissées et jamais versées se mettaient à frémir comme l’eau des pâtes. Les coudes sur les cuisses, ma tête renversée, le front sur les poignets, j’ai laissé faire. Je n’ai pas compté. J’ai juste senti la vague de douleur renverser mes abris, et défaire mes barrières comme s’il ne s’agissait qu’une rangée de coton. Ça avait tout renversé et commencé par des petites vagues avant de terminer par un énorme tsunami lorsque l’appareil s’est mit à biper. Le son le plus désagréable du monde. J’ai grimacé, les yeux fermés. Je me souviens de ce moment avec un sens du détail frappant. La petite fenêtre au-dessus de la baignoire était entrouverte, de quelques centimètres. La buée due à l’eau chaude s’était développée de moitié sur le miroir, le bord droit du rideau de douche était posé sur le coin de la baignoire quand le deuxième recevait le jet d’eau défectueux. La serviette noire dépassait de l’armoire qui, elle, commençait à devenir bancale, et supportait douloureusement mes nombreux produits de toilettes et les deux seuls produits d’Ethan. Dont l’un, était légèrement de trois-quarts. Le tout petit vent qui venait me geler les miches ne suffisait pas à faire évacuer la vapeur. L’eau était bouillante. Mon rasoir sur le dos. Mes chaussettes de couleurs différentes. Et ce putain d’appareil.

Je m’en souviens car, évidemment, elle s’est déroulée il y’a quelques minutes. Et aussi parce que j’ai vu. Une barrette, négatif. Deux barrettes, positif. J’ai vu les deux petites traces bleues se former, et dans le même temps, mon cœur s’arrêter de battre. Un grand froid s’est insinué dans veines, injection de glace, la présence d’une vie au cœur de mes entrailles. Une petite vie déjà tâchée par la drogue. Déformée et surtout, tombée sur la mauvaise hôtesse. Je n’étais pas celle qui allait lui ouvrir les portes d’une vie future, pleine d’entrain et de bonheur. Bien au contraire. Au fur et à mesure des minutes à observer les petites traces, j’ai blanchi. Mon souffle s’est fait rare, et une gène au myocarde, et mon être se tendre. Crispée, là, j’ai glissé sur le sol comme tomberait un bâton de bois. J’ai regroupé mes cannes de serins contre ma poitrine, et ai enfoncé ma tête dans mes genoux. Les poings serrés, je retenais toute cette colère. Je n’avais qu’une envie, tordre mon cors dans tous les sens, dans des assauts de rage incontrôlés, et casser. Juste, démolir. Attraper la télé et la foutre au sol, pétant l’écran plat que j’avais offert à Ethan. Pareil pour le meuble. Les assiettes, la tables, tout. La faïence du lavabo, les cadres stupides qui trônaient sur les murs décrépis, déchirer les draps, les fringues, me jeter par la fenêtre. J’ai posé le test à mes pieds, attendant la sentence encore quatre minutes. Et voilà où j’en suis.

Posée, le sol froid du carrelage faisait écho à celui installée dans mes poumons, dans le cœur, et le système nerveux. Je ne bougeais plus à l’exception de mon pied que je tapais par terre, frénétiquement. Les yeux rivés sur le petit écran rectangulaire, j’attendais. Dans quelques temps apparaîtra l’âge de la petite vie. Et puis un sursaut soudain quand j’ai entendu deux coups de bourrin sur la porte de la salle de bain.

« Bonnie ? J’y vais. »

Je n’ai pas pu répondre. J’ai entendu sa présence de grand dadet derrière la porte un instant. Je l’imaginais coller son oreille sur la porte pour savoir si, cette fois, oui on non je chantais sous la douche. Ce qui était un grand débat, puisqu’il jurait oui, j’hurlais non. Mais aucun son n’a pu sortir de ma bouche, le regard halluciné, je l’ai juste levé pour observer le loquet, et ai soupiré de soulagement en constatant qu’il était actionné. C’était bien fermé à clef. Il ne fallait pas qu’il voit, oh seigneur non. Que devrais-je lui dire après. Je devrais aussi tout raconter pour la première fois. Et puis je me suis rappelée, à ce moment précis, comme une évidence redécouverte après avoir tenté d’oublier. J’étais là, coincée. Je n’avais qu’une seule solution, quelque soit l’âge du bébé. Un bébé. J’ai attrapé le seau  et ai vomit, à nouveau. Au loin le son de la porte d’entrée qui claque. Je crois que c’est à ce moment que j’ai gémis de douleur. Etalée sur le sol comme une pute penchée sur un seau, vomissant son dernier quatre heure. Les sanglots ont fini par refaire surface, brûlants, abrasifs et se sont entremêlés à ma voix teintée de douleur, je gémissais, vomissais, et pleurais encore. La fin prochaine d’une vie me mettait à rude épreuve, je n’avais qu’une seule envie, réduire l’appart à néant. Mais la faiblesse avait prit possession de tout mon être, à deux doigts de tourner de l’œil. Je n’ai pas regardé tout de suite les inscriptions qui sont apparues sur l’écran, trop occupée à me noyée entre ma colère et ma peine. Une aiguille pointue, faufilée entre les côtes, perçant mon cœur, le saignant à blanc. Pathétique Bonnie, incapable de sauver sa vie, et qui, pire encore, inflige la mort. J’ai tué et je devais tuer à nouveau aujourd’hui. Nous n’étions pas faits pour être des parents, la chose à l’intérieur de moi était déjà camée jusqu’à l’os, vile représentant d’une vie de débauche. La mienne. Je n’osais pas mettre de mots sur ce lien qui m’unissait à cette chose. Je devais le rompre tout de suite. Mes poings serrés, j’ai été incapable de frapper ma peau. Je devais savoir, d’abord.
J’ai essuyé le coin de ma bouche avec la fameuse serviette noire qui dépassait de l’armoire et j’ai agrippé le test. Un par un, j’ai défais mes doigts que j’avais refermés sur les inscriptions. En tout petits chiffres bleus s’étaient inscrit l’échéance, la mort de l’être. Aujourd’hui, l’être au creux de mon ventre avait 3 mois ½ .
La main sur la bouche, l’horreur sur mon visage. J’ai suffoqué. La rage comme un poison irrésistible s’est amusé à fendre mon être en deux. Le test balancé contre la porte, le point serré frappant le sol à multiples reprises, sans faire cure de mes phalanges déjà ensanglantées, les dents serrées, j’ai retenu les cris qui perçaient ma poitrine. J’aurais voulu voir mon sang s’épancher encore sur le sol, ma cervelle éclatée sur le bord du trottoir en bas de l’immeuble, mes os tous fracturés. Il n’y avait pas d’autres options, l’un ou l’autre devait mourir. Et j’étais trop lâche pour mettre fin à mes jours, pourtant, tout mon cerveau en alerte m’envoyait ses signaux fatidiques. Jette-toi du haut de cet immeuble, Bonnie. T’es trop conne, et pathétique. Personne ne t’aime, et la seule chose qui aurait pu le faire,  tu vas la tuer. Tu l’as déjà tuée. Où est passée cette jeune femme fière de poudrer son nez, de piquer son bras. Tu as bien peu fière allure, criminelle. Il ne s’agit plus de voler des voitures là. Mais de jouer à Dieu, et émettre ton avis sur la consistance d’un être. Le tien. Le tien et… celui de qui ?

Tremblante à souhait, j’ai réfléchis. Et j’ai compté. 3 mois et demi. Un mois à Caswell. Deux mois en Californie. A nouveau debout devant le miroir, j’ai compté. Je tenais à peine debout et pourtant un a un j’écartais mes doigts pour bien prendre conscience que, encore une fois, nous avions fauté. Une nouvelle fois, nos corps se sont mélangés sans faire attention, sans protection, trop bourrés et déguenillés sous les effets de la drogue. Une nouvelle fois nous avions fusionnés, réunis dans un être que je portais désormais au creux du ventre. Mon cœur a faibli, et s’est fêlé. Comme ce miroir dans lequel j’ai abattu mon poing, déversant toute ma fureur, ma souffrance et mon sang pour briser cette image de moi. Je devais détruire ce reflet incroyablement navrant, déchirant. Ces rares larmes brûlantes devaient disparaître de ma vue, et juste continuer leur périple sur ma peau, et y creuser les sillons de la culpabilité. Le corps cambré, le visage dans mes mains, je secouais la tête comme pour nier l’évidence. Mais tout était bien vrai. Le sang sur ma main droite, mon corps tremblant de désespoir, l’être qui pleurait à l’intérieur de moi. Je devais mettre un terme à sa petite vie à peine commencée. Et très rapidement. Je ne supporterais pas l’idée de porter la vie encore une journée. Mais je ne voulais pas rester seule.

Alors, debout, hallucinée, et perdue dans la contemplation des débris de miroir, j’ai compris. Je savais quoi faire. Et c’est avec une méthode froide que je me suis attelée aux différentes tâches que je venais de m’attribuer. La fureur et le chagrin rendaient mon corps tremblant, mais je les empoignais avec force pour les enfoncer au creux de ma poitrine. J’ai eu du mal, mais j’ai réussi à faire ce que je m’étais destinée à accomplir. Je n’ai pas cessé de pleurer. En silence, lorsque j’ai ramassé le miroir cassé et en ai foutu les morceaux dans la poubelle. Pareil, quand j’ai nettoyé cette salle de bain maudite, décor d’une scène dramatique dont j’étais l’actrice principale. J’ai attrapé des affaires que j’ai balancées dans un sac de sport, un torchon enroulé autour de la main droite, le sang commençait déjà à changer sa couleur du blanc au rouge. J’ai foutu un jean, le premier qui me passait par la tête, un t-shirt, exactement le même que j’avais mis lorsque j’étais partie sur les docks avec Aël.

Aël. C’était lui que j’allais voir. L’idée m’avait semblée brillante, il était le seul qui pouvait accomplir cette tâche. Après tout, il était bien médecin légiste non ? Le portable dans la main gauche, j’ai pianoté un message  à Ethan. Un mensonge aussi gros que moi. Tant pis pour Tyler, je n’allais pas le prévenir, ça n’était pas important. Cette fois, il me servirait de couverture.

« Je  file passer deux ou trois jours chez Tyler. Invitation de dernière minute. »

Et voilà tout. Le portable au fond du sac, j’ai empoigné les clefs avant de revenir sur mes pas. J’ai attrapé Ea qui avait déjà grandit et lui ai embrassé le front. Ses petites pattes frôlaient l’eau qui me perlait au coin des yeux. Relâchée, j’ai attrapé la poignet pour m’enfuir. M’enfuir vite, comme une pauvresse qui tient mal sur ses pattes, quitter cet appartement hôte du malheur. Je devais fuir avant qu’il ne revienne, filer avant d’avoir à l’affronter, d’avoir à tout lui dire. Je devais garder le secret. La nausée au bord des lèvres, j’ai foncé dans l’habitacle de ma voiture, emboutit celle du voisin, et me suis précipitée sur la route. Je roulais comme une tarée, profitant d’une ballade plus longue grâce à un long détour qui m’évitait de passer devant Ethan en route pour le travail. Je suis arrivée chez Aël en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, forçant les autres conducteurs à me laisser dévaler les routes comme une désaxée. Je me suis permise d’embourber la voiture derrière la maison d’Aël et sa grand-mère pour éviter qu’on la repère. Plus rien ne comptait, mis à part cette espèce de mission. Je devais mettre fin à cette grossesse. Rapidement. Et la seule solution viable qui m’était apparue m’avait semblée être celle d’Aël. Je n’étais pas sure de pouvoir compter sur lui pour ce genre de choses mais, j’allais tenter.

Je suis sortie de la voiture, mon sac à main et sac de sport serrés contre moi, un pull d’Ethan me faisant paraître dix fois trop grosse. J’ai toqué. J’ai toqué encore. Et j’ai attendu. Peut-être n’était-il pas chez lui. Et peut-être sa grand-mère ne voulait  pas ouvrir.  Tant pis. J’attendrais.

Assise sur le perron de la maison, je me suis calée contre le mur, les sacs contre mon ventre. Allez, dépêches toi, maintenant.

code par ARCHITECTURE


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“it's better to burn out than to fade away“#Neilyoung
APACHE.


Dernière édition par Bonnie B. Hall le Ven 22 Aoû - 20:20, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: 00. Pregnancy test. Ven 22 Aoû - 20:03


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• DAY ONE •

« J’t’en prie ne pose de questions. Tu prends et tu ramènes. S’il te plait. »  

Colère. J’ai perdu un temps fou à attendre sur son perron comme une conne. Avec l’envie de me jeter des trois ridicules petites marches pour tenter de trouver l’angle idéal pour me péter le bide. Me briser en deux et réduire l’être à néant. Me briser aussi, faire saigner mes joues et mon nez. Griffer ma peau, lacérer mes bras et mes cuisses. Cette rage incroyable peuplait chacune des parties de mon être et me poussait au vice, un connard grattait les couches de mon esprit avec ses ongles et ses dents pour parvenir à l’essence. J’ai cessé de me battre et de renier. Je n’avais plus le choix que d’assumer mes conneries, nos conneries. Oh oui, bien sur, nos parties de baises étaient géniales. Se fondre l’un dans l’autre était surement la chose qui me filait le plus d’adrénaline, de puissance, d’assurance. Moi, Bonnie Blodeuwedd Hall, j’avais quelque chose qui me retenait au sol. L’hirondelle embourbée dans le pétrole sur la plage. Je ne volais plus, je cherchais même à piquer droit vers le sol. Ne plus rien sentir, ne plus imaginer la forme d’un être à peine esquissé dans l’espace infini de mon utérus. Putain, Alexander, je te hais. Comment t’as pu prendre possession de toute ma chair, ainsi ? Je t’en veux, à ce moment là précis. Alors que les larmes brûlent mes paupières et le bord de mes yeux, elles veulent sortir. Mais je tiens bon. Cette ultime preuve de ma lâcheté ne devait s’exposer aux yeux profanes de l’autre. Même si c’était Aël. Je revoyais nos deux corps s’emmêler, avec Ethan, et j’imaginais le processus, la course, aux bestioles responsables de la catastrophe. Pourquoi n’y avais-je pas prêté attention plus tôt. Pourquoi ne l’avais-je pas senti ? Pourquoi, quand dans mes cris lancés au ciel, quand son corps dépassait du mien, quand je l’implorais de mettre fin à la souffrance, ne m’étais-je pas rappelée qu’il fallait se protéger. Les soupirs et les caresses sont bien loin, je pensais à lui coller un poing. Un poing magistral, pour lui rappeler ce que l’enfant aurait pu faire à l’intérieur de moi, et lui décrire un dixième de la douleur à laquelle j’allais succomber une fois les cachetons avalés. Ces petites pilules blanches que je connaissais déjà. Bordel. Mais t’es vraiment conne Bonnie. A te croire au dessus de tout et tout le monde. De cracher à la figure de toutes ces pouffiasses incapable de lâcher une phrase sans dire « Geeeeenre… », de lancer des tomates sur l’écran total de la société qui te bouffais la vie. Tu ne sais que te poudrer le nez, abrutie. Tu mérites tous les noms d’oiseaux.

Alors qu’Aël est parti rapidement chercher la solution miracle, j’ai trépigné. Un pas, puis deux, puis un poing déjà en sang éclaté sur le mur. Ma fureur m’empêchait de ressentir la douleur. Mon corps savait qu’il allait affronter bien pire, j’étais déjà anesthésiée. Il fallait que je plane.

Je ne pouvais affronter la torture sans moyen d’évasion. Ma prison et mon exutoire. Mon enfer personnel et mon paradis universel. Alors j’ai attrapé ma seringue dans mon sac, me suis enfermée dans les toilettes et ai rompu une énième fois la promesse de sainteté faite par tous les drogués. Oui, aujourd’hui, j’arrête. Jusqu’à présent j’en avais rien à foutre, la drogue était mon empire, je trônais comme une salope sur un trône de neige, mes sous-fifres étaient des cuillères chauffées à blanc, mes vigiles des putains de gros bangs violacés et cramés par tant d’utilisations répétées, et Ethan était encore là. A me regarder de ses grands yeux hallucinés. Mon sceptre était une aiguille géante. Comme celle que je m’enfonce actuellement dans le bras, loin dans ma veine, se glissant entre mes petites globules d’hémoglobine, et injecter à vitesse grand V le remède à toutes mes souffrances depuis dix putains d’années. Qu’elle était fière, la Bonnie, la petite pute à sa maquerelle la came. Soumise à ces particules toxiques, détruites et gangrénées par la dépendance. Je n’avais plus toutes mes cases, mais jusqu’à présent j’adorais arriver avec ce marteau doré et les briser une par une. Un neurone, deux neurones, regarde comme je détruis ma vie, regarde putain je te dis ! Dans dix ans je suis foutue. L’arme à gauche ! Ethan, ou Tyler ou je ne sais qui, peut-être mon père m’enterrera. Allez savoir. Vous le savez vous, hein ? Quand est-ce-que j’vais finir comme la petite merde dans mon ventre ? Au fond des chiottes ma jolie, tu sais y plonger ta tête de rousse et y gerber tout tes boyaux après tes beuveries. Bientôt ça sera ton corps entier, déversé dans les égouts de la ville, tellement t’es rien. T’es qu’un tas d’immondice ma pauvre chérie. T’es pas foutue d’être normale. Peter des cases, c’est tellement plus drôle de t’enfoncer l’aiguiller à t’en faire gémir de douleur. Tu voudrais tellement te la foutre entre les cuisses pour faire disparaître la vie. Ou immédiatement dans le ventre. Brûles toi. Et tu hurles comme une abrutie quand la flamme du briquet te crame l’intérieur de ta paume ensanglantée. Tu lâches le briquet. Le bruit qu’il fait sur le carrelage te rappelles que t’es vide, que tu n’es et ne fais partie que d’un écho. Tu répercutes ta connerie sur les murs c’est tout. Et t’es trop lâche pour endurer la douleur.

La porte. T’accoures, comme tu peux, t’avances en titubant, t’as failli te casser la gueule en glissant sur le briquet par terre. C’est plus fort que toi, l’énergie de ta colère parle pour ton corps et te fais dévaler la petite distance entre la porte des toilettes et Aël qui pénètre son territoire. La main sur le mur, l’autre sur le ventre, l’aiguille qui pend, que t’attrape et que tu rejettes dans ton sac. T’arrives vers lui, le regard perdu et déjà embrumé par la came. Tu sais très bien qu’il n’a pas ramené que ça. Tu vois bien que son sac ne contient pas que des cachetons quand il le fourgue sur son lit. « Prends. » et tu prends. Comme t’as pris sa queue entre tes reins. « Donne ta main. » Donne ton âme, tu ne peux même plus la vendre au diable, elle ne vaut plus rien.

Assise sur son lit, j’ai attendu. D’un coup sec, comme ça, quand il a appuyé sa main sur mon épaule pour me forcer à me poser, tout est redescendu. J’étais comme hyperactive, incapable de contrôler les mouvements brutaux de mon humeur. La colère qui était si chaude et brulante, si abrasive à l’intérieur de mes boyaux s’est refroidie et s’est transformée en une peur soudaine et expliquée par l’arrivée d’un putain de verre d’eau. J’ai regardé Aël. Je l’ai regardé cinq minutes comme ça, comme si j’implorais Dieu ou Allah de me sauver d’une autre manière. Bien que quelque part ça ne vaut même pas la peine d’essayer, mais je ne voulais pas revivre ça. Alors il a glissé les cachets dans ma main, remarquant la marque de brulure. Tu sais ce que t’as à faire. C’est ce qu’il semblait me dire derrière sa neutralité affichée comme le masque hyposensible et particulier qu’il arborait à toute occasion. Oui, je sais ce que j’ai à faire. Alors j’ai fermé les yeux et j’ai avalé. Comme toutes ces autres fois. Comme y’a deux dans. Comme dans un film j’ai senti glisser les deux petites pilules sur ma langue puis s’échapper comme des traîtresses dans le fond de ma gorge en compagnie du fluide glacé. Tremblante, pâlotte, je savais ce qu’il allait arriver ensuite. « Changes-toi ». Pour sur. Presque médicalement, de manière aseptisée, titubante, la tête dans les vapes, j’ai attrapé le jogging qu’il m’a tendu pour l’enfiler, sans me gêner de quoi que ce soit, ni de ses regards qui n’étaient même peut-être pas là. Sinon qu’aurait-il vu. Une bosse ronde croitre sur la peau tendue et ferme de mon bide ? La chair de poule qui s’installe sur tout mon corps ? L’assurance procurée par la colère complètement disparue et décharnée comme une pute laissée pour morte sur un putain de trottoir dégueulasse, au fond d’une rue encore plus crade de San Francisco. Mais personne ne viendrait l’aider, et je n’irais pas tirer les cheveux de ma rage pour l’afficher encore. Sourde, elle gronde dans mes veines mais se terre par à l’horreur et la flippe qui commençaient à s’organiser en bataillons pour assiéger mon cœur. Je n’avais pas peur du vide, ni de la vitesse. Ni de la mort ou de la solitude. Je n’avais pas peur de l’autre, pas peur des chiens, des canards ou des moustiques. Je n’avais pas peur de tout ça.

La douleur et la vie. Voilà ce qui me faisait trembler, là, debout dans le garage en train de galérer à foutre ce putain de jogging.

Je me sentais laissée pour morte. J’étais la pute de la ruelle dégueulasse, j’avais perdu toute contenance, je n’étais plus que le pantin. Le petit sujet qui danse autour d’une barre de pole dance pour se faire du blé dans la culotte ou le soutif.

Aël m’a filé deux autres cachets. De la morphine. Je pense qu’il savait pertinemment que je venais de me défoncer, l’image terriblement clichée de la jeune camée avec l’aiguille dans le bras lui avait été jouée quelques minutes plus tôt. Mais tant pis. Tout mais pas la douleur. Puis il m’a posée à nouveau sur ce putain de lit dans lequel je suis également passée. Tranquillement, comme si ça avait été un jour normal il a commencé à recoudre les plaies sur ma main. Soigner la brulure à l’intérieur. Calmer le jeu, les yeux dans le vague pour ma part, je laissais tout faire et tout tomber. On aurait pu me rouler dessus avec un car rempli de gosses surexcités, je n’aurais rien senti, rien vu, rien entendu des cris de ces petites bestioles roses. On aurait juste dit Bonnie rentrant d’une soirée de dépravée, qui s’est cassée la gueule et se fait soigner par son pote. Mais non. C’était Bonnie qui attendait l’expulsion de la vie dans son ventre, en train de se faire recoudre les mains qu’elle a éclatées contre le miroir et les murs. Bonnie qui se crame la gueule pour hurler, et ne pas entendre la petite voix traitresse posée au bord de son épaule. Bonnie qui a le corps qui tremble dépossédée de toute ambition. L’héroïne infusée, répandue dans le corps comme un poison agréable mais qui ne sera pas suffisant pour éloigner la douleur dans sa totalité. La rousse qui fait des cocktails entre héro et morphine, qui joue à dieu, joue à la vie et la mort, joue à qui fera une overdose le premier, qui pétera un câble en dernier.

Je ne pensais plus qu’à observer les petites boules se former sur mes bras nus, le froid inscrit à l’intérieur de l’être et gravé sous la peau comme la marque d’un jour maudit. Tout ça n’aurait pas du se passer comme ça. Je ne devrais pas être là à sentir mon corps se crisper sous la tension, sous l’appréhension d’une douleur qui allait très vite venir. Sous la glace, j’étais là, à trembler de froid, en retenant au plus fort que possible les larmes. Je les empêchais de passer le seuil, de ne pas m’achever encore, d’attendre un peu, j’aurais tout le temps de pleurer sur les chiottes dans les prochaines minutes. Je savais très bien comment ça se déroulait et surtout que c’était parfaitement douloureux malgré toutes les prises de médocs possibles. La vie fait mal, dès sa création, son apparition et sa concrétisation sur un putain d’écran de test. La détruire était encore plus délicat. Ça prenait du temps, de la sueur et de la peine, du questionnement et des larmes, des cisaillements dans les boyaux, des rochers sur les cuisses, des entailles entre elles. Un putain de cactus qui s’extirpe de toi, des couteaux qu’on y rentre comme pour te rappeler les coups de reins fatals. Les plaies recousues, j’ai laissé tomber ma main à la verticale. Plus rien ne m’importait. Ethan avait disparu, son sourire, son regard profond marqué par la solitude, la présence d’Aël s’était évaporée. La drogue me permettait de m’extraire de ce monde un moment. D’habitude je pouvais me confondre aux formes terrestres, aujourd’hui j’étais un pic à glace planté dans le sol, rouge à pois vert dans un monde entièrement. Et me planter dans le sol me demandait un effort conséquent. Je crois qu’Aël a articulé quelque chose. Je n’ai pas compris, juste entendu sa voix comme une trame de fond. Ça l’a fait disparaître encore plus et puis, sans comprendre son langage, je pouvais décemment discerner le sujet principal. Tu vas pas accoucher sur mon pieu Bonnie.

C’est ça qu’on dit ? Accoucher ? Expulser ? Anéantir ?
Avorter.

Je me suis levée, et un premier couteau s’est planté dans on estomac. La douleur nouvelle et surtout soudaine m’a forcée à me tendre dans la forme d’un arc, les bras pliés sur mon ventre. Les yeux ouverts à la limite de la déchirure, je me suis rappelée alors. La douleur est pire que celle de mes souvenirs. Le cerveau a la capacité d’occulter le désagréable, il avait soulagé ma conscience d’une partie de ce souvenir en réduisant de moitié la douleur reçue il y’a deux ans. La surprise était plus grande. Joyeux anniversaire, hallelujah. Allez avance.
Quelques pas de plus m’ont suffit à m’approcher de la petite pièce fatale. Lieu de naissance et de mort, de gerbe et de baise. On faisait tout dans ces putains de toilettes, moi la première. Les rails de coke sur la cuvette, ça n’est pas que dans les films, mais ça j’évitais. Trop de microbe. Trop de mecs qui s’y branlent. Trop de meuf qui lâchent la vie d’entre leurs reins. J’ai posé ma main droite sur le mur et, fébrile, ait ouvert cette porte. Passage vers le néant de l’âme, je n’arrivais plus à me déconnecter, sentant les couteaux s’enfoncer peu à peu dans mon estomac. Un sursaut m’a permit de me jeter sur la cuvette, claquer la porte et poser mes fesses blanches. Je voulais en finir. Les yeux plissés à m’en faire mal au crâne, la tête posée contre le mur, je mordais ma lèvre. Tout commençait. C’était maintenant l’heure de sentir le prix de ta faiblesse, de votre connerie.

Qu’as-tu dis ? Faiblesse.
Hélicoptères. Ciel, étoile, immensité, implosion, partialité, ailleurs, lumière. Non. Toilettes, froid, pliure, déchirure. Le carrelage est froid. T’es pliée en deux. Une main sur le mur. Tu las sens passer c’est ça ? Mais non chérie, ça ne se déroule pas comme ça. Ça n’est que le début. Là, maintenant, tu commences tout juste à douiller. Tu le sais. Tu pleures mais tu fermes ta gueule, tu fais saigner ta lèvre pour retenir tes sanglots. Tes ongles crissent sur le mur chaque fois qu’on te plante un couteau dans le bide. Chaque fois que tu te rappelles le monstre qui va en sortir. L’être camée, constitué de cocaïne et de cristal. Une vie gâchée. Une fusion réduite à néant. T’imagines ? Ethan et toi. Deux belles gueules de blasés. Mais tu ne l’aimes pas, pas pour ça. Et lui n’a pas besoin de toi. Et vous êtes des drogués, des saletés de junkie pitoyables. Pour un peu tu voudrais ta jolie tronche pour te faire du blé, pour aller ailleurs, pour que ta seringue t’envoie en l’air, mais c’est trop tard pour aujourd’hui. Actuellement t’es assise, pathétique, courbée en deux, cherchant l’air chaque fois que la douleur revient. Tu sens la vie en boule descendre le long de tes côtes, polluer ton ventre, former une boule abrasive, extrêmement rugueuse et pourtant impalpable. Tu sais que l’autre t’entend gémir chaque fois, même si t’essaies de te retenir. Tu sens la nausée envahir ton être. Tu vois les images d’un gamin superbe entre vous deux. Mais non, ça n’est pas l’avenir que vous vous êtes réservés. Tu ne te souviens pas ? Tu finiras sur le trottoir dans dix ans, battue, et abandonnée par l’être que tu chéris le plus. L’être qui est partiellement fautif de cette catastrophe. Tu détruis les cellules qu’il a créées. Tu avortes de ce qui lui appartient et qui est en toi. Vous qui aimez tant vous accorder dans une symbiose incroyable articulée par la drogue et le sexe. Qu’est-ce-qu’il en penserait, hein Bonnie ? Tu portes ça sur tes épaules qui ne sont pas faites pour ça, trop frêles. Tu sais très bien qu’il te haïrait. Qu’il te tabasserait, de cette violence que tu aimes chez lui, que tu essaies d’apaiser depuis vingt longues années. T’avais dis que tu prendrais soin de lui, et regarde ce que tu fais de la vie qu’il crée. Regarde ce que tu fais de l’être marqueur de votre connexion. Bonnie. Meurtrière. A jamais et pour la deuxième fois la grande gueule qui joue au plus fort, et qui tue. T’es un monstre.

Un cri.
Une criminelle, une merde incroyable, aussi pathétique que tu puisses l’être.
Un sanglot que tu n’arrives pas à étouffer.
La forme indécise, enveloppée d’un fluide visqueux, de sang et d’autres substances dont tu ne connais pas la fonction s’échappe d’entre tes cuisses. Tu sens clairement le passage de l’être inciser ton vagin, glisser contre tes cuisses, c’est douloureux, tu mords ton t-shirt mais les cris que tu pousses sont bien plus forts que ceux que tu émets quand tu jouis. Evidemment. La douleur t’extirpe des sanglots chaotiques, incontrôlés, tu n’arrives plus à respirer, tu cherches l’air. Il y’en a plus, la vie que tu viens de laisser tomber dans les chiottes a tout pris. Elle ne t’a rien laissé puisque tu ne lui a pas accordé une minute de vie, une seconde de consistance. Le sang coule encore entre tes cuisses, tu sens ton corps balancé par de violents tremblements, le torse secoué par l’asphyxie, soulevée, tu balances ton regard dans tous les coins comme si tu pouvais percevoir l’air. T’entends quelqu’un qui toque, mais la porte est fermée. Le souffle coupé, tu soulèves ton t-shirt, tu regardes tes cuisses, tu touches le sang qui s’est répandu partout. T’en as sur les mains maintenant, t’as vu, c’est concret. Tu sais pas quoi faire, là, les douleurs ne se sont pas arrêtées, le sang vient à peine de cesser de s’écouler. Tu attends, encore, reprenant lentement ton souffle, mais ta respiration est irrégulière, et tu pleures.

J’espère, du fond de mon cœur, que les larmes te brulent. Qu’elles tracent des sillons intemporels et infinis sur ta peau, que tu en verras les lacérations dans le miroir tous les matins. J’espère, Bonnie, qu’on te battra à mort, qu’on t’écrasera le visage contre un trottoir, qu’on t’y cassera les dents.

T’as senti le malaise arriver.

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ETAT PHYSIQUE : Plutôt fatiguée par les récents évènements, style avortement, bagarre tout ça.

29/12/13 : bagarre avec Carter > visage tuméfié, côte cassée, main droite fracturé. Bleus et autres blessures au visage. Rambo quoi.
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MessageSujet: Re: 00. Pregnancy test. Ven 22 Aoû - 20:11

“ Here we stand, like flowers in the cold, wilt and wither.“


• DAY THREE •

Le soleil ne brule pas sur ma peau. Y’a plus rien dans ma tête, y’a plus rien dans mon corps. On aurait pu s’attendre à ce que le soulagement face place à toute la douleur et la culpabilité, mais non. Tout est empiré, multiplié. Là, dans ce lit, je fais semblant de dormir, le seau tout près, pour éviter de dégueulasser. Aël ne parle pas. Il s’est occupé de presque tout. Je ne veux pas y penser, mais c’est la seule chose qui s’articule dans mon esprit. J’aurais presque envie qu’Ethan me serre dans ses bras. Mais, traîtresse, je ne pourrais plus. Je crois. Je vais devoir faire semblant. Cette seconde fois fut pire que la première, marquée à vif. Je ne m’en remettrais pas. Alors pour oublier j’avale les cachets de morphine. Aël me les enlève. Je dors. Et je prends la morphine. Rien d’autre ne me fait subsister. Je n’ai même pas la force de me jeter dans le fleuve. Ce qui est bien dommage. Cette jolie falaise que nous avions vue avec Tyler, ferait parfaitement l’affaire. Je disparaitrais, on dira que c’est Croatoan. Je ne souris plus. Vidée. Partie, ailleurs dans le monde des cachets, je me repose dans un flacon de gélules, pourtant les douleur persistent à sculpter mon ventre dans la matière première de la culpabilité. J’ai honte, et j’ai froid. Je supplie dans la nuit, Aël me réveille. Je dors, ou fais semblant. Je m’exile. Reclue dans le coin de lit, même si je lui suis reconnaissante de sa présence et de son aide précieuse, de la responsabilité qu’il a prise, j’évite le contact, aussi bien oral que physique. Je suis encore habitée par la tâche ensanglantée que j’ai laissée dans le fond des chiottes. J’ai l’impression d’être cette chose. Je suis devenue mon pire cauchemar. Faite de douleur et de sang. De cris et de larmes. Je regrette de ne pas avoir eu le courage de mettre fin à mes jours plutôt qu’à ceux de cette créature rouge sang. Translucide. J’ai vomis.

• LATER •

J’ai abandonné l’idée de rester à l’appart d’Aël. J’ai pris le peu d’affaire que j’ai emmenées, et j’ai titubé jusque la voiture, en silence. J’ai espéré ne pas l’avoir éveillé. Avant de partir, j’ai posé ma main sur son épaule, dans un autre contexte je lui aurais sauté dessus pour baiser ensuite. Ce mot me dégoute. J’ai emporté des sacs plastiques au cas où s’il m’arrivait un accident vomitif. Mon corps est fébrile. Je ne tiens plus en place, je tremble et les douleurs désormais estompées, il me reste l’empreinte d’un corps entre les cuisses, la nausée, et la drogue. Dans les vapes, j’avance en croyant marcher droit, alors que je marche sur les platebandes voisines. Caswell, trois heures du mat, il n’y a personne. Je peux rouler en contre-sens personne ne viendra me faire chier. Mais il faut que je me casse.
Je suis montée dans la voiture, et ai pris soin d’enfourner deux gélules de morphine du flacon que j’ai piqué à Aël, après avoir repéré ou il les avait rangés et/ou cachés. Je me déteste de plus en plus. En roulant, je me suis rendue compte que j’avais tendance à piquer du nez. Alors j’allais doucement. Quelque part l’homme est triste, et vraiment couillon. Nous nous infligeons des peines incroyables, et nous recommençons. J’entends déjà les moralistes dire que c’est en faisant qu’on apprend. Je n’avais pas envie d’apprendre à créer la vie, je l’ai fais contre mon gré, j’ai surtout appris à la détruire. L’autodestruction comme matière première à l’école de la vie. J’ai du m’arrêter un instant, prise d’un violent vertige. Je ne me remettais pas des douleurs et du côté éreintant de la catastrophe. Une bombe nucléaire entre les cuisses. J’errais, hagarde, dans les rues et à la périphérie de la ville. Demi-tours, passages en deux fois, perte, étaient mon lot de routier aujourd’hui. Je conduisais sans regarder ou j’allais, je braquais quand l’envie me prenait, passais trois fois par la même rue après avoir oublié y être allée. Et je me suis dis, tiens, si j’allais voir Tyler. Alors j’ai roulé, et roulé encore. Sans m’en rendre compte, je suis partie bien loin. Je me suis arrêtée faire de l’essence, avec le reflexe de couvrir mon ventre comme si j’avais eu la bosse des six mois. Mais non. L’impression que tous les regards étaient tournés vers moi me hantait. Je ne me sentais en sécurité que dans l’habitacle de ma dodge. En arrivant au docks, j’ai avancé, tranquillement, piquant du nez de temps en temps. J’ai failli percuter un docker lorsque ma tête s’est effondrée sur mon bras la première fois. Je ne voulais pas me faire remarquer. Et puis j’ai finis par le voir et dès lors, j’ai abandonné l’idée d’aller lui parler. La clef du contact défaite, j’ai attendu, fondue contre le siège pour ne pas me faire remarquer. Je l’ai regardé longtemps faire son travail, il disparaissait parfois dans une bâtisse puis revenait. Je ne sais pas ce que je foutais là, les liens mentaux dans la tête des camés ne sont jamais représentatifs de leur intelligence. Sauter du coq à l’âne, faire ce qui bon me semblait. Mais j’étais là maintenant et je me sentais conne. Regarder ce type censé être mon pote, et ma couverture pour ces trois jours, me rendait mal à l’aise. S’il me voyait. Pire, s’il me voyait fuir. Aurait-il l’idée d’appeler Ethan ? Pourtant j’avais envie d’aller lui parler. « Allez Ty, s’il te plaît arrête de travailler. Allez, tu veux pas qu’on aille en Californie ? Tyler, tu me racontes Croatoan ? Je viens d’avorter, j’ai besoin d’un câlin, tu veux pas t’occuper de moi ? Sois gentil, Tyler, qu’est-ce-que je vais dire à Ethan. Faut que tu dises que j’étais chez toi. Tais toi, dis jamais rien à personne. Tu veux vraiment pas t’occuper de moi ? Parle. Parle comme d’habitude s’il te plait, et ne t’arrête pas. »

J’ai tourné la clef dans le contact, et subtilement je suis repartie à l’autre bout le ville, à l’endroit ou j’étais certaine de ne croiser ni Ethan, ni Tyler, et je me suis mise sur la banquette arrière pour y dormir, après avoir gerbé dans le bois d’à côté. Décidemment.

J’ai décidé de rentrer. Préparation mentale. L’homme revient toujours à son point de départ. Il nous fallait un repère, et je n’avais pas le choix. Ethan travaillait ce soir, je le savais. Alors j’aurais le temps d’y passer, de prendre des affaires, de m’imprimer l’image de l’appartement, et j’allais partir. Il le fallait. Ma décision est prise. J’ai embrayé, accroché les avenues aussi vite que mes réflexes ramollis par les médocs me le permettaient. Et en plus de temps qu’habituellement je me suis rentrée dans le parking en bas de l’immeuble, garant la voiture n’importe comment. L’important était d’aller vite, et de rassembler des affaires. Vingt et une heure. Il ne rentrait pas avant deux ou trois heures du mat, parfois plus, alors je n’aurais pas de mal à tout préparer, même dormir une heure avant de partir. La gorge serrée, la main et cœur, la deuxième dans la serrure, j’ai enclenché dans ma tête le petit loquet de sécurité, le même que notre… que la salle de bain d’Ethan. J’ai soupiré, le corps encore tremblotant de temps en temps, il m’arrivait de vomir. Les séquelles resteraient encore plusieurs jours. Tant pis pour le travail, tant pis pour tout. Désolée Tyler, Ophélia s’en va. J’évitais de penser à Ethan pourtant en entrant dans l’appartement, l’odeur de son parfum fraichement déposé sur les murs embaumait. Il devait être parti depuis peu de temps, la chaleur de la salle de bain ne s’était pas totalement refroidie. Il avait une nouvelle fois laissé une tasse sur le bord du comptoir. Tasse lavée et rangée, j’ai attrapé mes affaires que je préférais, à la va-vite, et les ai balancées dans un sac de sport qui lui appartenait. Avant tout ça, je voulais prendre une douche. Mais la salle de bain me rebutait, je n’arrivais pas à en passer la porte. Et puis. Pas le choix. J’ai passé la porte la boule au ventre, les restes du miroir avaient été jetés. Peu m’importait. Il n’aurait plus à se soucier de rien, je m’en allais. Douche prise, avec précaution puisque fragile et à deux doigts de me casser la gueule, je suis sortie, me suis habillée, et ai laissé mon bordel de douche superflu pour emporter dans mon sac l’essentiel. Je ne réfléchissais même pas où j’allais aller, rien ne m’importait moins à ce moment là. J’ai choppé un de ses t-shirts, foutu du parfum dessus et me suis habillée. Vingt-deux heures trente. Un bon timing. J’ai rempli ma mission avec brio, et me suis dis qu’il ne valait mieux pas que je dorme ici. Au risque de ne pas me réveiller. Les yeux embrumés, les cheveux relevés, la grosse écharpe et le trench noir, je me suis avancée vers la porte, puis posé la main sur la poignée. Un instant d’arrêt. J’ai fermé les yeux. Inspiré longuement, le souffle court. Allez. Trois, deux… un.

J’ai couru.
Oui, j’ai couru droit vers les toilettes, lâchant mon écharpe et mon sac à terre, comme un chemin vers ces dernières pour aller vomir tripes et boyaux. Les larmes brulantes asphyxiaient ma vue, le dégueulis me brûlait l’intérieur, mais ça ne s’arrêtait pas.

Dépressurisation.
Allez dépêches toi Bonnie, c’est l’heure de te barrer, maintenant.

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MessageSujet: Re: 00. Pregnancy test. Ven 22 Aoû - 20:14

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• DAY THREE •

« Tu comptais te tirer ? »

Electrisée. J’ai levé la tête, le regard planté dans le sien. Bizarrement et dans la seconde qui a suivi cette rencontre, mon corps s’est décidé à redevenir tremblements. Je ne l’ai pas entendu arriver. La tête dans les chiottes, concentrée sur ma petite pitoyable personne, j’évacuais ma douleur et n’avait pas tendu l’horreur quand la porte avait claqué. Il était bel et bien là, tendu comme un arc, me surplombait de toute sa grande taille et de cette colère qu’il irradiait. D’un coup, comme ça, j’ai eu peur. J’avais beau le connaître depuis deux dizaines d’années, il ne s’était jamais crispé de cette manière. Et son regard, si beau d’ordinaire, si peu expressif, aujourd’hui il rejetait toutes ces années à être insensible et imperturbable. J’étais prise au piège, comme une putain de louve dont la patte est enfermée et ensanglantée. La surprise se lisait clairement sur mon visage, entre mes traits tirés et le mascara dont les traces s’imprimaient encore sur mes joues. Quelque chose me disait qu’il ne tournait pas rond. Qu’un engrenage s’est à nouveau mal goupillé dans l’histoire de nos deux vies. Je n’ai pas répondu, la voix coupée, le corps plié en deux contre les chiottes. Je n’osais pas bouger. Comment te dire, Ethan, qu’effectivement, j’allais partir. Pourquoi tu me regardes comme ça. J’avais chaud, et puis j’avais froid. Ça n’allait pas. Mon seul réflexe, seul signe de vie fut celui de tirer sur le col rond de mon t-shirt, pour éviter d’étouffer dans cette putain de salle de bain, scène ou tout se jouait depuis trois jours.
Je ne comprenais pas sa réaction. Je pouvais lui mentir, lui dire que j’repartais voir un pote, que j’passais juste vite fait, et que si j’vomissais, c’est que j’avais une gastro. Puis que je n’avais pas répondu aux appels et aux messages, parce que j’ai laissé mon portable sous silence trainer au fond de mon sac, et que j’ai oublié. Que j’étais avec Tyler, qu’on a joué et qu’il m’a coiffée habillée comme une poupée. Je pouvais lui mentir. Absolument. Je devais. Que je suis désolée, j’ai un truc urgent à faire. Ou non. Je ne savais pas. Mais quelque chose à l’intérieur de moi m’interdisait d’ouvrir la bouche et de lui divulguer quelconque mensonge. La flippe jusqu’au bout des ongles. Je n’arrivais pas à me détacher de ses yeux de glace, ce genre de regard qu’il ne m’attribuait jamais, à moi, sa Bonnie. Que s’était-il passé pour qu’il puisse être dans cet état bordel, il ne s’inquiète pas, d’habitude. Jamais. Même quand je ne réponds pas à ses messages. Y’avait une couille quelque part. Ses poings serrés, j’avais peur qu’ils s’abattent sur ma belle gueule tiraillée entre la culpabilité et le chagrin.

« Ou peut-être venir chercher des affaires de rechange pour repartir avec Tyler… Ah non ! J’suis con. T’es pas partie avec lui, puisqu’il a débarqué ici même, hier soir, en me disant qu’il n’avait jamais été question d’un weekend entre « copines ». »

J’ai ouvert les yeux, l’alarme s’est mise à sonner dans mon esprit. Ma bouche en o, le corps soudainement soulevé par une respiration irrégulière. Il faisait décidément très chaud dans cette pièce. J’ai repoussé d’une main tremblante les quelques cheveux qui se sont posés devant mes yeux, le regard implorant. Pas ça, je te connais trop bien Ethan. Putain. Tout tombait à l’eau, voilà donc l’argument de sa fureur. Cette putain de salope qui faisait de son corps un arc en acier. Il ne bougeait pas, se contentait d’ouvrir les lèvres pour parler et pour charcuter mon âme en proie à la confusion et à la panique. Tyler s’était pointé. Evidemment, putain, j’ai été trop conne. Bien sur qu’il vient régulièrement. Bien sur qu’il s’est pointé, pour me voir, ou voir Alex pour jouer un peu, peut-être. Et dans la précipitation, évidemment, espèce d’abrutie, t’as pas pensé à le foutre au courant. Putain Tyler, j’ai l’envie soudaine de t’écraser entre mes griffes de sorcière rousse. Ophélia se transforme en vampire. Mais en vampire apeuré, collée aux chiottes, à deux doigts de suffoquer tant l’air lui manque. C’est pas de ta faute je sais, je sais que c’est moi. Mon dieu. Qu’allais-je lui dire maintenant, hein ! Je suis prise au piège. Je suis foutue. Je suis morte. Je ne pleure jamais. Et quand je dis jamais, c’est vraiment le cas. Il m’en faut énormément. Et pourtant, depuis trois jours, j’avais l’impression d’être un fleuve. Quand il eut terminé ses petites paroles tranchantes, j’ai senti les larmes gonfler mes paupières, et mes dents accrocher ma lèvre. Je ne pouvais pas avoir l’air plus coupable. Il savait. Il savait tout. C’était certain maintenant.

Mais non, qu’est-ce-que tu racontes Bonnie. Il ne peut pas être au courant de ta grossesse. Ni de la première. Putain, allez, ressaisis-toi. Comment il aurait pu être au courant, t’as pas été assez conne pour tout laisser en plan. Et puis le miroir, c’est pas grave, il te connaît, tu casses les choses sans raisons pour un coup de colère inutile. Alors ça c’est rien. Mais putain pourquoi Tyler s’est pointé. Le point noir au centre de mon regard, c’était ça qui avait foutu le bordel alors. Qu’allais-je lui dire maintenant. Oh bah j’ai lancé un pari à Tyler, je lui ai demandé de te faire croire que je n’étais pas avec lui et de te faire passer une bonne soirée pendant que je me tapais un mec trouvé sur la plage. Non, pas crédible, incohérent, stupide. Ça n’avait aucune charge respectable, j’étais vraiment piégée, au bout de ma vie, sans capacité de rebondir. Je devais trouver un mensonge. Quelque chose. Peut-être n’allait-il pas me poser la question. Ça c’était également improbable Bonnie, t’es couillon. J’ai retenu un sanglot en baissant la tête, honteusement. Comme si ça allait me sauver, et qu’il ne verrait pas les larmes à nouveau à deux doigts de s’écouler. J’étais les chutes du Niagara, rien ne pouvait m’arrêter, le fluide s’étalait déjà sur mes joues et des petites gouttes tombaient sur ma main, crispée sur ma cuisse gauche. Je ne voulais pas qu’il voit ça, foutu connard. Avec tes mots et ton tranchant, avec ta colère et ton regard. Tu devrais poser tes poings sur mon torse, cela me ferait tellement de bien. Fais moi passer de l’autre côté, je t’en supplie, je ne veux plus rien ressentir. Je te félicité d’avoir pu jusqu’à présent te passer mieux de sentiments que moi. T’es une perle en matière d’insensibilité. Et c’est aussi pour ça que j’pleure comme une connasse la maintenant, les lèvres serrées, les yeux plissées à fond, histoire de retenir les sanglots et les gémissements de douleur, fatigue, et nouvellement, de lassitude. Je voulais que tout s’arrête, et que tu me serres dans tes bras, tu vois. Que tu embrasses mon front comme tu le fais parfois, quand j’ai peur, bêtement, et me dire que t’es là, que j’ai un frère qui veille sur moi, sur mon sommeil. J’aurais voulu m’étaler sur le tapis et ne plus jamais me réveiller. Mon corps tremblant, ratatiné sur lui même, j’aurais apprécié que tu me relèves. Tu enfonçais le pic à glace loin dans le sol, et mieux que moi. Mais tu ne devais pas savoir, j’avais promis de ne pas te faire souffrir. Je savais que cela te ferait vraiment du mal. Que tu aurais voulu reconstruire ta famille. Que tu crois qu’ils sont là-haut, qu’ils t’observent te poudrer le nez. Tu fais ça pour ça, pour oublier tes nuits agitées, pour oublier le bruit atroce de la carlingue défoncée. Les phares dans la tronche. D’habitude je suis là pour me poser entre la voiture et ton grands corps rouillé. Aujourd’hui j’étais la conductrice qui virait droit sur toi. Et t’étais cet abruti de chauffard prêt à m’emboutir, nos rôles s’échangeaient en permanence.

Le temps semblait s’être alourdi, et les aiguilles marchaient à rebours. Démantelée comme un pantin auquel on aurait coupé les fils.

« T’étais où ? Pourquoi tu t’es tiré trois jours avec un lamentable alibi ? »

J’ai relevé la tête d’un geste sec, empreinte d’une colère qui se réveillait. T’en as rien à foutre, hein, connard. C’est de ta faute aussi si j’ai tant souffert. Et deux fois. Putain. Tu sais quoi, va te faire foutre, va te faire putain de merde foutre. Je suis fatiguée, pliée en deux. La nausée me secoue l’être, je me redresse d’un coup sec pour laisser échapper ma colère dans une nouvelle explosion de mes intestins. Droit dans les chiottes, je vomis encore. La tête me tourne, les larmes fusent, pitoyable merde plantée par-dessus les toilettes. Je n’ai pas la force de me relever, là maintenant. Pourtant je sens la colère donner un coup de chaud à mes muscles, qui s’articulent désormais un peu plus que quelques minutes auparavant. Un nouveau souffle de vie, pervertit et corrompu par la rage et la peine. Je devrais te la cracher au visage, je devrais te gifler. T’écraser au sol avec mes genoux, couper ta respiration comme le gosse a prit mon air, comme je suis actuellement entrain d’étouffer entre la bile, la flotte, la haine et le chagrin. Tout ce petit cocktail est en train de me faire bouillir. Chasse tirée, je tire mon corps ingrat pour le relever et je titube vers le grand meuble portant la vasque. Je sais que tu me suis du regard, et je suis contente d’avoir brisé le miroir avant de partir, ça m’évite de me prendre tes yeux en plein cœur. Un peu d’eau craché, encore une petite quantité sur le visage, de l’eau froide, glaciale pour rafraichir mes joues rougies par la honte, et la fureur. Un coup d’épaule et je me défais de mon trench, une main par une main, affaiblie, et prête à m’écrouler bêtement sur le sol. A force de faire le con, on finit s’écorcher les genoux. Moi je venais de me vautrer dans les cailloux. Je glisse ma main dans ma poche, et en ressort le flacon. C’est mauvais tout ça, ça part mal. T’as déjà pris deux cachets à trois heures du mat ce matin. Ou tout à l’heure, tu sais plus de toutes façons, c’est trop loin pour ton esprit de camée embrumé. Alors t’enfournes encore deux petites gélules blanches, sans te soucier des accusations qui te brulent le dos, il a des yeux lasers Ethan quand il veut. Et là il est en train de tracer des sillons à l’acide de la base de mon coup jusque mon talon d’Achille. Fais gaffe Ethan parce que si tu touches le talon après je m’écroule. Et ça tu sais parfaitement le faire, couper le ligament derrière ma cheville pour m’exploser la tête contre le carrelage, t’as toutes les cartes en main, et je pense qu’aujourd’hui tu n’hésiterais pas à t’en servir. C’est ça ? Tu veux me voir repentie et pleinement désolée. Non, ça ne sera pas le cas. J’me mettrais pas à genoux.

« Qu’est-ce-que tu veux. »

Je sais, c’est déplacé. D’un geste rageur j’efface les larmes qui coulent encore sur mes joues. J’oscille entre colère et culpabilité. Je ne sais pas ce que je dois faire. Retenue, là, sur le bord du meuble, je cherche un moyen de sortir de cette situation. Il n’y a pas dix mille échappatoires. Je crois que je ne peux pas partir, ou peut-être qu’il vaut mieux si. Je ne sais pas quoi faire. Putain. Je me retourne tranquillement, en évitant de me casser la gueule puis attrape mon trench au sol, essuyant le coin de ma bouche encore plein de flotte. Je braque mon regard bleu glacial, dans le sien. Allez, bouffes-y ma haine et ma souffrance. Regarde c’que t’as fais connard. La colère me faisait penser des mots horribles. La peine me forçait à rejeter la faute sur celui a qui je voulais préserver l’esprit. Complètement paradoxale. Je tiens mal debout. Alors je passe ma main blessée dans mes cheveux, et souffle de douleur quand ceux-ci se confondent avec les fils des sutures. Conasse, putain.

« Mais qu’est-ce-que t’en as à foutre, putain ? Ouais j’étais pas avec Tyler, et alors, t’as pas à suivre mon cul partout. Tu fais parti de la police maintenant ? »

Je suis désolée. Et puis non. Je ne sais pas. Tremblante, j’te lance un ultime défi. Je t’aime et je te hais, il y’avait de tout entre toi et moi. Et ta colère me fait flipper jusqu’à l’os, mais je reste droite, autant que je le peux. Un peu de consistance Bonnie. On se dispute, il te laisse tranquille, et t’auras pas à lui dire comme ça.

Alex, ça fait deux fois j’suis enceinte de toi.
Alex, deux jolies fois ou je me ruine à cause d’une vie que t’as créée à l’intérieur de moi.
T’es comme une comptine, tu reviens chaque fois dans ma tête.
Déteste-moi, il vaut mieux.
J’t’en prie.

« Est-ce-que ça dérangerait sa seigneurie, le roi des connards, de laisser la gueuse prendre une douche ou quoi ? Va te faire foutre Alexander, et casse-toi. »

T’as brisé mes reins, j’ai détruit la vie que t’as insufflé en moi. Mais ça tu le vois pas, espèce d’abruti. Tu sais juste que j’suis partie sans rien te dire. Bonnie, t’es conne. T’aurais du courir, là, maintenant.
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MessageSujet: Re: 00. Pregnancy test. Ven 22 Aoû - 20:29

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• DAY THREE •

« Parce que tu crois que tu vas t’en sortir comme ça ? J’crois que t’as oubliée un putain de détails Blondie. »

Blondie. Je tiquais. Je savais c’qu’il entamait comme danse à l’intérieur de sa tête. Il me voyait les dents sur le sol et lui derrière qui tapait avec une batte. Exactement cette image de mort qu’il souhaitait m’infliger. Je détestais quand il m’appelait ainsi. Comme si je l’appelais Alexander. Nos religions des prénoms, c’était à cause de moi ça. Je faisais toujours tout un cochon sur les nominations. Mais là n’était pas le problème. Le réel problème c’est quand il s’est ramené face à moi, qui, instinctivement me suis reculée par peur, et le voir assembler deux morceaux de cartons devant mes yeux. L’effroi qui me guettait alors s’est jeté sur moi à pleines dents. Les mots réunis se mettent à défiler devant mes yeux, et ses mains tremblantes s’activent à la même cadence que les miennes. Je fais un nouveau pas en arrière, butte contre le meuble, et attrape le bord pour ne pas défaillir. Je manque d’air, là, maintenant. Je n’arrive plus. Je ne réagis même pas quand il balance les bouts de cartons sur mon visage, je cligne juste des yeux, puis ceux-ci bien ouverts se fondent dans le vide intersidéral qu’il vient de créer entre le monde extérieur et ma petite personne. Tout mon corps s’est arrêté de bouger, seules mes jambes continuent de trembler. Je me sens nue, petite, écrasée dans l’espace infini qui s’ouvre devant mes yeux. L’horreur à l’état pur, je suis suspendue par des fils au-dessus d’un trou noir. Je n’ai plus aucune étoile à laquelle me rattacher. Pendue par les remords et la culpabilité. Par la douleur qui se matérialise en une lumière rouge qui s’échappe de mon ventre. Du sang, sur mes mains. Du sang sur mes joues. Des traces de griffures sur mon ventre. Je m’observe de haut, je me vois trembler, suffoquer, ne plus réagir. La violence d’Alexander ne m’atteint plus, je suis loin. La morphine et l’héroïne combinées font effet. J’hallucine là, je suis assez habile d’esprit et bien trop alerte sur les changements de mon corps pour le savoir. Je suis à fleur de peau, c’est ainsi que je peux sentir le léger souffle qu’a provoqué Alexander en faisant valdinguer le sac. Sac qui se perd dans l’infini des bords de la pièce. Je le regarde tomber dans le néant, disparaître dans les ténèbres, n’être plus qu’un point qui disparaît lui-même à son tour. La seule couleur qu’il m’est donné de voir, c’est toujours ce rouge qui glisse entre mes cuisses et sur mes mains. Il se déplace tout seul, sur ma peau, empli ma bouche et s’infiltre à l’intérieur de moi. Revenir aux origines, à la terre, au corps. A l’intérieur. La vie ne demandait qu’à s’infiltrer de nouveau en moi, l’air.

Je prends une inspiration soudaine, comme si je faisais surface à nouveau, après être restée longtemps sous l’eau. C’est exactement ce genre de sensations qui me secoue le corps. Mes poumons ingurgitent une grande bouffée d’air, subite. C’est neuf, ça remplit l’espace vide, et les angles de l’appartement reviennent s’installer dans mon champ de vision comme des gros blocs de bétons. Par réflexe, j’accroche mon regard à celui d’Ethan. C’est ce que je fais toujours, quand ça ne va pas. Je m’accroche à lui, pour me rappeler que je suis bien sur Terre. Mais je détourne le regard et lui tourne le dos, de trois-quarts. Le regard halluciné, de nouveau dans le vide, tremblante, je reviens à moi. Mon esprit reprend sa place à l’intérieur de ma caboche. Allez Bonnie.

Alors oui, chérie, il est au courant maintenant. Tu l’entends qui t’aboies dessus ? Tu te sens détruite par l’utilisation du présent. « Tu es enceinte. » Non, était connard. Et de toi. Mais non, ça tu le comprends pas, tu parles d’Aël. Ah c’est ça que tu crois ? N’utilise pas le mot père. Cela signifierait que t’as commencé à faire des liens avec cette chose. Ne fais pas ça, tu vas te détruire. Tu vas me détruire. Tu le fais déjà. J’aimerais tellement que tes poings s’abattent sur moi tu sais. T’as réussi à porter la vie en mon sein, accorde-moi la fin pour réduire à néant ma souffrance. Allez, regarde-moi Ethan, et vois comme je t’implore d’abréger ce trop-plein. Renverse-moi comme t’as pu le faire dans ce lit, mais cette fois pour toujours. Je suis trop lâche, et pas assez forte pour supporter cette deuxième perte. Tu comprends pas toi. T’étais en moi putain. Dans mon ventre, j’avais cette partie de toi que tu voulais toujours poser sur terre. J’avais à l’intérieur le début de famille que tu as perdue. Tu captes pas, espèce d’enfoiré. Tu m’assommes de ton jugement. Tu ne sais rien. Si tu me regardais un peu, au lieu d’être aveuglé là, comme un connard, tu verrais les larmes à profusion partir de mes yeux pour s’écraser sur le carrelage blanc. Froid. Je déteste cette température qui fait écho à la mienne actuellement. J’me sens pas bien, j’ai la nausée. La prise de drogue n’arrange pas les choses, je suis morte défoncée. Je fais tout pour oublier. Et tes cris me ramènent à la réalité, l’horreur de ta peine et de ta fureur heurte mes côtes. Je ne sais pas quoi te dire, je voudrais t’exprimer mon regret, t’expliquer que je m’en veux, que je ne voulais pas te faire souffrir.

Mais putain, Ethan, je suis encore sous le choc.
La perte d’une vie ne se fait pas sans séquelles.
Et la colère tambourine à mes tempes comme la drogue se diffuse dans mon sang, encore.

« La ferme Alex. La ferme. »

Je porte une main à mon crâne, penchée en avant. Je ne me sens pas bien, du tout. Et il continue, faire les cent pas, à rôder autour de moi comme un traqueur sur sa proie. Il est là, et sa colère grandit autant que la mienne, qui danse sur une valse interprétée par cette douleur sourde qui m’arrache des sanglots. Qui fait trembler ma voix quand je t’intime de la boucler. Parce que t’es qu’un enfoiré, deux fois que tu piques une parcelle de mon âme. Deux fois que la vie s’est écoulée entre mes cuisses et que mon être à perdu de sa consistance. Tu ne peux pas lire dans mon esprit, pourtant t’as tout vu dans mes yeux. Qu’est-ce-que tu crois pauvre enfoiré, que j’aurais gardé ce monstre à l’intérieur de moi ? Que j’aurais laissé cette chose gangrénée par la drogue grandir ? Elle m’aurait causée des problèmes, t’as vu comme je suis frêle ? Je tiens pas debout, j’suis putain d’plate comme une limande. J’suis droguée Ethan, j’suis une camée jusqu’au bout des ongles, les fluides toxiques ont remplacés mon sang depuis longtemps. Mon cerveau n’a plus de neurones, que des bouts de cristaux. Qui s’entrechoquent et créent des connexions, parfois.

« j’te dis de la fermer putain. »
« …Parce qu’on se connait depuis le DEBUT. »
« TA GUEULE ! TA GUEULE BORDEL ! »

Je lui ai décoché une gifle. Une gifle monumentale avant de vaciller. Mon geste poussé par la colère avait été trop rapide, trop sec, trop fort pour que mon corps le supporte. Je suis retombée le dos contre le mur, les mains portées au visage. Mes yeux plissés, des sanglots ont commencés à fendre ma gorge pour s’échapper d’entre mes lèvres. Gémissante, à court de souffle, j’étais secouée par les profonds sanglots pleurs qui obstruaient tout mon être. J’étais bloquée, déséquilibrée, dans une position d’inconfort, les yeux fermés à l’extrême. Je sais ce que tu vas dire. Non, Bonnie ne pleure jamais, chéri. Tu ne m’as jamais vue faiblir ainsi. J’ai toujours fais tout en sorte pour que mon insensibilité prenne le dessus. Mais je suis trop faible, trop blessée, trop en colère et perdue. Tu crois que c’était par plaisir que j’ai fais mon putain de sac ? Tu crois que j’me suis piquée comme une bourrine toute la journée simplement pour le plaisir de la défonce ? Mais putain Ethan. Tu m’achèves. Je glisse le long du mur, dos à ce dernier, pour m’écarter de toi. J’ai trop peur que tu m’en colles une. Je ne me réveillerais pas. Je ne dois pas dormir. J’ai trop pris de drogue. Trop pour mon corps éreinté par le manque de vie, les organes dissous dans la chaleur infernale de la peine. Tu veux tout savoir c’est ça ? Alors écoute un peu.

Je n’aurais pas du commencer à parler.
Mais les mots s’écoulent de ma bouche. Trop tard. Je suis défoncée de toutes façons. Je ne te regarde pas, j’ai les yeux fermés, les mains toujours portées à mon visage. Je ne bouge plus, juste mon torse secoué par les pleurs, les sanglots commencent à se tarir et pourtant sois bien conscient Ethan, que ce que je te dis là est la chose la plus monstrueuse qu’il m’ait donnée de vivre. Pardonne moi, j’espère que tu auras mal. Aussi mal que mes coups de couteaux dans le ventre. Là, maintenant, je te hais. Je te déteste et te vous une affection profonde simultanément. Mais tu n’as pas été correct. Ta colère n’a désormais d’égale que ma froideur, interrompue seulement pas des sanglots qui se ramènent encore.

« J’te déteste Ethan. T’es qu’un connard. C’est d’ta faute. »

Petit à petit, je sens la colère qui commence à gronder de nouveau, qui fait son apparition entre les tourbillons dans ma tête, et qui vient cogner à ma cage thoracique. Je me redresse, en prenant appui sur les murs. Je sens les cris. Ils sont là, ils veulent percer l’obstacle qui les maintient hors de l’extérieur. Ils veulent passer la frontière du réel et se concrétiser dans ton esprit. Tu veux entendre ? Alors écoute ma colère qui se déverse sur mes joues, celle qui t’atteint en plein cœur.
Je ne peux m’empêcher de crier. La voix obstruée par les sanglots.

« Tout est de TA faute. Espèce de Salaud ! »

J’lui ai balancé un premier gobelet. Un shampooing, n’importe quoi. Tremblante mais tendue, je suis là, à me rattraper aux différents coins de meubles tandis que je me déplace –ou essaie- de me déplacer dans la pièce. Mes cheveux roux me collent au visage, mes yeux bleus disparaissent sous les larmes et la pupille ultra-dilatée. Je vois ton grands corps flous. La seule chose réellement concrète, c’est mon cri. Qui t’atteins en plein cœur.

« C’était toi dans mon ventre espèce d’enfoiré, t’as niqué mes organes, tu t’es faufilé, j’te déteste. J’te déteste Ethan, tu m’as détruite une deuxième fois. Putain j’ai joué la conne, j’ai TOUT fais pour que tu ne saches RIEN. Pour ne pas te faire de mal, pour te protéger de la vérité. Mais t’es qu’un salaud. JE VIS UN SECOND CAUCHEMAR, et toi, toi… T’es là à te pavaner avec ton air de bâtard sur la gueule. VA CREVER PUTAIN. VA CREVER COMME CE PUTAIN DE NOUS QUE J’AI CRACHE DANS LES CHIOTTES. Une putain de deuxième fois. J’aurais voulu t’y voir. »

Ma haine me lâche, mon corps se décrispe d’un coup et mes muscles cessent d’être tendus. D’un coup, je tombe contre le meuble, essoufflée, je me retiens sur ce bordel bancal. Et je pleure.
Comme jamais.

« T’es qu’une putain de menteuse. PENDANT TOUT CE TEMPS. Tu m’as regardé DROIT DANS LES YEUX ? Comme si de rien n’étais. PUTAIN DE SALOPE. »

Putain de salope. Menteuse. Je t’ai regardé droit dans les yeux. Parce que si j’avais fuis, tu n’aurais jamais cru au mensonge Ethan. Tes mots me lacèrent, j’ai mal, et la douleur s’infiltre de mon ventre à mon cœur en passant par ma gorge ou des bouts de verre s’y glissent. Tu me fais peur, putain. J’avais prédis la colère, mais pas cette violence et cette rage qui éclatent maintenant alors que je me maintiens debout par le meuble branlant. Je te regarde. Tes cris, violents, qui se répercutent et ricochent sur mon être en y laissant une trace bien distincte. Un trou noir à chaque impact. Je me recule dans le coin de la pièce lorsque t’envoie valdinguer le meuble. Je suffoque, une main sur la bouche, tentant de retenir la peur qui s’échappe d’entre mes lèvres. J’ai peur, putain. Et tu continues de hurler, de m’insulter, de craquer tes os sur les murs, d’exploser ta violence contre ma peau frêle. Je n’ai pas réussi à te protéger de la vérité. Je ne réussis pas non plus à me protéger de ta violence. Et comme aux temps où mon père abattait ses poings sur mes côtes, je me rétrécis dans cet angle de mur, et soulève mes bras devant mon visage. Je tremble, comme un séisme à l’intérieur qui déchire mon être en deux. Tu me fais peur Ethan, je n’ai plus assez de voix pour te le dire. Que ta fureur déchaîne mes souvenirs, qu’elle me rappelle les coups de savates sur mon dos et mes cuisses. J’accroche mes cheveux, je ferme les yeux, j’espère qu’à travers ces cris tu ne viendras pas te défouler sur moi. Je reste silencieuse, j’étouffe les sanglots, tente de me faire le plus petite possible. Comme je le faisais avec mon père. Je me cachais, dans la maison, pour éviter qu’il ne m’attrape, lui et sa ceinture. Mais il arrivait toujours à me retrouver, à attraper mes cheveux pour me tirer dans ce salon, pour déposer sa fureur sur moi comme si je n’étais qu’un simple punching-ball. Je ne trouve plus l’air autour de moi, tout se raréfie. Tu voles tout avec tes grandes inspirations, ma panique n’a plus de quoi s’alimenter. Je reste crispée au fond de cette pièce, le genou relevé dans l’attente de te voir débarquer, de te sentir rué sur ma peau. Tu continues d’hurler, à pleins poumons, d’abattre tes poings partout où bon te semble. Les bruits de casse parviennent jusqu’à mes oreilles. Je ne réagis plus, les corps secoué dans tous les sens, j’occulte tes cris comme je le peux, la puissance de ta haine me fouette le corps, je n’arrive plus à rester debout. Je me sens tomber, tourner de l’œil. Puis j’entends. J’entends tes pas colériques buter contre les carcasses de meuble au sol et venir te jeter sur moi.

« NON, S’IL TE PLAIT ! »

Réflexe. Le regard halluciné, j’ai hurlé, t’ai craché mon angoisse au visage. J’ai fermé les yeux, me suis débattue comme je le pouvais, les bras comme je le pouvais redressés devant le visage. Je ne t’entendais pas, je ne t’écoutais plus, la panique avait pris possession de tout mon corps, je respire comme s’il n’y avait plus de quoi s’oxygéner, je fais glisser mes pieds sur le mur pour retrouver la stabilité du sol. Un long silence, des acouphènes désagréables comme l’après explosion d’une bombe peuple mon crâne. Je vois ton visage déformé par la colère, ta bouche s’articuler dans de grands et gros mots sans que je n’en saisisse le sens. Je n’arrive pas à t’entendre, je cherche un point de repère, je pleure aussi, comme toi, là, maintenant. Je vois tes petites larmes impolies et encore plus rares que les miennes caresser tes joues et apprécier leur sortie de la prison que tu t’es créée autour du corps. Je suis blessée, j’ai mal, je ne sens plus que tes bras qui sont entrain de marquer les miens, par toute cette violence que t’applique sans ménagement sur ma peau. Je crois que je crie, je ne sais pas si cela s’entend. En tout cas tout mon intérieur est chamboulé, je balance mes pieds contre tes mollets quand ils ne cherchent pas à se soulever en prenant appui sur le mur. J’ai l’impression que tu m’étrangles, que tu m’étouffes, que plus rien ne passe dans a gorge, mes poumons ne s’abreuvent plus, je ne t’entends pas. Juste des bribes de mots. Des « pourquoi » à profusion. Pourquoi j’ai pris la décision toute seule.

Pourquoi, putain d’enfoiré, à ton avis, j’ai pris la décision toute seule.

Je me sens retombée, d’un coup, et je reprends conscience du monde qui m’entoure. Je me laisse glisser le long du mur, délaissée par toute la force que j’avais pu contenir jusqu’à présent grâce à la colère que j’éprouvais à ton égard. Là, paumée contre le mur, je resserre mes genoux contre mes côtes, et je laisse échapper un sanglot lorsque je passe ma main sur mes bras, déjà constellés de petites taches bleues qui commençaient à apparaître. Je marque extrêmement vite, et ta pression, ta puissance, celle dont j’adorais m’abreuver avant venait de me blesser, de marquer ma peau, mais mon âme aussi, en passant. Je frottais par-dessus, comme si je pouvais effacer la douleur qui s’en dégageait, et je me sentais percée de part et d’autre. Oui, quelque fois nous nous étions battus. Mais pas ainsi, pas comme ça, pas pour ça. Je venais de réduire mon être à néant en tuant celui que j’avais crée, et tu venais de me marquer par ta violence et ta colère. Poser ta main sur moi, Ethan, t’as posé ta main sur moi. Oui je t’ai giflé. Mais je fais même pas cinquante kilos. A ma place t’aurais pas fais la même chose ? T’aurais pas essayé de me faire taire ? Quand tu m’inculpais des pires crimes quand tu faisais partie du problème toi aussi. Mais tu ne pouvais pas le savoir. J’t’ai jamais rien dis après tout. Oui, t’aurais pu être père. Mais toi et moi savions que ça n’était pas du tout la meilleure idée. Alors j’ai voulu te protéger en détruisant petit à petit mon humanité. En forgeant cette carapace de mensonge et de force, de fierté mal placée et de jeu d’actrice, mais ça a échoué. Pour un simple bout de carton. Et parce que j’avais mal joué mon coup. T’aurais fais quoi putain Ethan, à ma place. Je n’allais pas te demander de mettre des coups de pompes dans mon ventre pour tuer la vie qui s’y développait, merde.

Mes sanglots redoublent à nouveau. Remake de film triste de merde. J’étais la pitoyable et pathétique grognasse qui pleurait à s’en vider complètement.

Je voulais tout te dire, mais rien ne sortait de ma bouche. Je restais là à chialer comme une pauvre conne, en scrutant les bleus qui se formaient sur mes bras, la trace de ta douleur, la brulure de tes larmes sur ton visage. Si beau, si dur. Ce regard si glacial. Tout ce que j’aimais chez toi avait disparu pour montrer le démon de la colère sous son jour le plus effrayant. J’avais une putain de peur de toi, chacun de tes gestes me faisaient sursauter. Même s’il s’agissait de poser ta main devant tes yeux pour me cacher tes larmes. Je sais qu’elles sont là, qu’elles répondent aux miennes. Mais t’es silencieux. Alors que je lâche toute ma peine, ébruite ma souffrance, que mes gémissements se transforment en cris de porcins alors que ma main suturée vient frapper le sol. On a bien l’air de deux cons comme ça, tu crois pas ? Je savais que tu ne viendrais pas me sauver d’un lit de princesse, m’entourant de fleurs pour apaiser mes maux. Je ne pensais pas non plus que t’allais être la cause première de mon envie intacte de mourir, là, maintenant. De terminer tout ça. De tout laisser aller. Ça n’était pas qu’une putain d’étape à passer. Je pose ma tête sur ma main et continue de chouiner alors que tu fais silence. Tu rumines, c’est ça. Tu te dis que j’aurais pu t’apporter ta famille. Que tu me hais d’avoir ce qui aurait pu te rendre la vie plus belle. Tu ne comprends pas mon geste. Tu ne comprends pas mon mensonge. Tu sais qu’il n’y avait pas lieu que ce monstre vive. Tu sais qu’on est des cons. Tu ne comprends pas que j’ai voulu te protéger. Te blesser. Qu’on a été assez stupides pour se planter deux fois. Pour que tu me crucifies sur l’autel de l’horreur aujourd’hui. Et puis..

« Pardonne moi Bonnie... Putain. J'suis désolé. »

Et tu tournes les talons, me précipite.
Bancale, comme un poussin sorti de son œuf, incapable de poser un pas correct devant l’autre. En appui sur le mur, je me jette littéralement sur toi, manquant de m’écraser au sol, les yeux embrumés. L’océan aux paupières. Je me rue sur toi dans cet ultime geste désespéré.
J’ai besoin de sentir ta peau. J’ai besoin que tu ne partes pas.
Alors je te plaque au mur, j’enferme tes bras entre les miens, je me colle à toi, comme une malade à la vie. Je puise dans mes toutes dernières forces, mes jambes faillissent à leur devoir, mais je reste debout, je pose mon petit corps contre le tien. Je sais que tu veux me repousser, et que ce contact t’exècre. Alors je te plaque contre le mur derrière toi, je fais pression, je ne veux pas que tu bouges. Tu ne comprends pas comme j’ai besoin de la vie dans ton cœur pour combler celle que je viens de détruire. De consommer ta fureur et le peu d’affection qu’il te reste à mon égard pour faire rosir mes joues. Moi qui suis si pâle, qui est à deux doigts de m’étaler au sol. J’ai besoin de me fondre contre toi, de bruler ta peau à travers ton t-shirt avec ces larmes abrasives qui m’échappent. Je serre les lèvres mais les pleurs traversent mon corps et se répandent en une vague qui se répercute sur le tien. Tu ne peux pas t’échapper, je suis devenue la prison qui t’enterre et t’enchaîne à la douleur, à la vérité et à cette vérité que nous fuyons avec nos drogues. Je ne veux pas entendre tes excuses. Elles ne sont pas sincères. Je m’en contre fous, et sache que moi aussi je suis en colère contre toi. Encore du plus profond de mon cœur. Les bleus me rappellent que tu n’es peut-être qu’un homme comme les autres. Ça me détruit.

Tu me repousses, je te plaque à nouveau contre le mur. Je resserre mon emprise. Tu te débats, un peu, peut-être est-ce pour la forme. Peut-être ne veux-tu pas apposer ta marque à nouveau sur ma peau.

« Arrête. Arrête de bouger. »

Tu ne m’échapperas pas. Tu feras face à ma douleur, à ma colère. Je soulève le regard, pose mon menton sur ton torse, manque de glisser sur un shampooing éclaté. Tu vois les larmes qui ruissellent encore, je suppose sur ma peau bien trop blanche, vidée de toute essence vitale. Tu vois c’que tu m’as fais. C’que j’subis. C’que je regrette d’avoir pu autant te faire du mal. Et à quel point je te déteste. Ce regard implorant, je le range, et je replace ma joue contre ton cœur, mordant ma lèvre pour étouffer les sursauts de l’être. J’te déteste. Et je me déteste d’avoir cette haine à ton égard. Mais j’te hais vraiment, putain.
Perdue.

« J’te déteste Ethan. Comment t’as pu me faire ça. Tu croyais quoi, que j’allais le garder. Prendre quelle putain de décision, dis-moi. J’ai voulu te protéger. Tu sais très bien qu’il était destiné à mourir. Je te hais. Plus que n’importe quel autre homme. »

J’ai serré encore, je t’ai senti te contracter. Je me fonds en toi, j’aspire ta chaleur, je m’enveloppe de ta présence. Oui Ethan, j’te hais plus que n’importe quel homme.

« Pourtant pourquoi est-ce-que je continue à t’aimer plus que n’importe quel autre ? »
« Parce que tu sais que j’partirais pas. »

Il me semble m’être écroulée. Là contre toi comme une pauvre merde. La défonce et la douleur, cocktail Molotov dans l’estomac, et dans la tête. Ça y’est, je la sens à son paroxysme, gangréner mes intestins, détruire les neurones dans mon cerveau. Monde parallèle, artificiel, un ailleurs plein de couleurs et d’étranges formes qui se scindent puis qui reviennent se juxtaposer. Je ne sais plus quoi ressentir, je t’ai tout dis. J’en ai trop dis. Il n’y a rien de pire que vomir ses sentiments comme je l’ai fais. Je ne ris plus, me liquéfie seulement. Ta chaleur est la dernière chose que je sens. Je n’ai plus envie d’avoir à supporter ces tourments, et tourner cette page se fera dans la morphine. Elle m’apporte la paix, au fur et à mesure que je termine d’inonder ta peau. J’ai envie d’hurler, de balancer tout par la fenêtre, d’éclater ma rage comme tu l’as fais. Parce que toi, t’as le droit. T’as la force, pour expier ta colère, pour démonter les meubles et la porte. Qui est branlante maintenant. Elle disparaît peu à peu de mon champ de vision. Las vegas parano. Tout est loin, en fait, tout s’éloigne plutôt. Je n’ai plus rien à portée de main, et n’arrive plus à garder main basse sur ce qui peut éventuellement me constituer encore. Quelle merde putain. Dans quel état me vois-je là ? Dans quel bassin de souffrances suis-je en train de me noyer ? Je voudrais bien, tiens, terminer comme Ophélie. Mais comment dire.

Je m’enfonce dans les méandres d’un sommeil médicalisé. Tout est parfait dans cet antre magique. Le noir si enveloppant, si chaud, un ailleurs parfait pour reposer les junkies. J’en suis une jusqu’au fond de l’âme. Cet enfant l’était plus encore. Il est loin, maintenant, et parfois j’ai l’impression de sentir des gestes à l’intérieur de moi. Comme s’il n’avait laissé qu’un vers, une ultime trace, pour me rappeler qu’il était là. Qu’il aurait pu être. Que j’ai détruit tout son espoir de respirer le même oxygène que moi. Dire maman, et papa. Mais dans quel monde impossible aurons-nous pu être parents. Nous n’étions rien, que la face rejetée du monde. Que le caractère le plus méprisable dans les gènes de l’être humain. Les déchets de l’humanité, et nous nous complaisions dans cette affaire. Je nous voyais là, las de vivre, posés comme des loques sur des trônes en carton. Piédestal d’excréments. De sang, et de petites pilules roses et bleues sur lesquelles nous nous jetions avec avidité. Nous adorons ça. La seringue, la cuillère. Entre le marteau et l’enclume, nous posions nos visages. Endoloris, marqués par la vie. Je détestais ça. Je haïssais plus que tout, plus que rien, de devoir poser mon regard sur une réalité commune. Alors je me fabriquais la mienne dans l’extase d’un joint, d’une gélule de morphine. Perdue dans les sillons du cristal. Je m’amusais à prendre des putains de blocs et à frapper dedans. Je leur donnais la forme que je voulais, et les aménageais. Cet espace infini ressemblait au creux de mes reins. Sauf qu’il était fermé à quiconque voudrait y entrer. Je possédais cet univers, comme mon seul royaume, celui qui vaille la peine d’être vécu. Là où la souffrance et l’humanité n’ont guère leur place. Là où les guerres et la faim n’existent. Ni l’absence, ni l’amour, le cœur ou la fureur n’ont de quoi s’enorgueillir. C’est chez moi, là, à cet endroit. Les images à la télé ne se matérialisent pas, les pixels ne se fabriquent pas. Seul mon corps est en droit de ressentir.

Ce soir j’y ai détruit tous les murs, les charpentes et les fenêtres. J’ai dégagé tous les meubles à la seule force de mes cris. J’ai exclu le vivant, le sentiment. J’ai décidé d’éteindre les lumières et de mettre au repos les multiples soleils que j’avais décidé de laisser en lévitation dans ce qu’on pourrait appeler de ciel. Tout s’est transformé, tout est cassé. Plus de repères, ni de sol ni d’air. J’étouffe, je n’y ai plus d’oxygène, je n’y ai plus de quoi vivre. J’ai décidé de laisser carte blanche au noir. Les ténèbres ont empli l’espace, comme une couche de peinture qui glisse sur une toile et sont venus s’infiltrer dans mes poumons, devant mes yeux. Je gravite, au centre, à gauche puis à droite. Balancée, puis statique. Je me laisse porter par ce fluide, qui me paraît si solide. Il devient moi, je deviens lui. Prostrée. Le noir, qui fait de moi une seule petite chose blanche qui émane une seule et unique lumière. Nue et diffuse, puis amas de chair et de muscle qui se reconstitue. Je ne perçois plus la réalité qui me lie à Ethan. Je l’ai laissé en bas, là dans ce monde auquel j’ai ajouté une teinte de gris. Une teinte d’amertume qu’il ressent et respire. Sa douleur, je n’ai plus à la partager.

Inconsciente.
Déposée au centre du vide.
Mon cœur sur pause, l’esprit sur arrêt.
Je déconnecte.
T’es mon putain de lien vers la vie.
Et ce sont tes mains que je sens se poser sur ma peau.
C’est mon corps, qui, en bas, chez toi, se débat. C’est mon être qui ne veut plus se laisser toucher par ta force, et ta sécurité. Ce n’est pas moi. Je me délasse dans un univers auquel je ne voudrais même pas t’inviter. Tu ne connais pas cette parcelle d’ombre chez moi. Tu ne voudrais pas. Car il y fat trop noir, le même noir qui a guidé la voiture de tes parents droit dans la mort. Tu n’as pas le droit de me toucher, mais je ne réagis pas. C’est mon corps.

Je t’assure Ethan, c’est mon corps.
Dépossédée de toute voix.
Désaxée, défaite, je n’ai jamais été sur le droit chemin, j’ai fini par effacer avec mes pieds celui que je traçais dans le désert à tes côtés.
M’en vois-tu désolée ? Non.
Car tu n’as plus le droit de me toucher.

Peut-être est-ce de l’eau qui fluidifie l’opacité du noir dans ma tête. Peut-être entends-tu des gémissements entre mes lèvres. Mais non, ce ne sont plus les miennes. C’est un ailleurs que je ne saurai te conter qui aujourd’hui me personnifie. Qui englobe mon être comme tu as pu le faire auparavant. Je ne te donne plus l’autorisation de me posséder, d’entendre la voix, de capter mon regard. Je ne suis plus là, Ethan. M’en veux-tu de te laisser endurer la réalité quand j’ai décidé de tout laisser tomber ?

J’ai comme une musique dans la tête, qui retentissait seule contre les parois de mon esprit. Rien d’autre. Pas même ta voix que je m’évertuais tous les soirs à me répéter pour me rassurer. Tes mots, je ne les perçois plus, ils m’arrivent comme un charabia incompréhensible, comme une langue étrangère. Je me sens légère, puis debout, puis assise, puis couchée. Je ne sais pas quelles décisions tu as prises à ma place. Je ne sais pas ce que tu fais de mon corps. Peut être es tu encore une fois en train de me toucher mais je n’y prête plus d’attention. Je suis désolée Ethan , je suis découragée face à tout ça, je ne sais plus comment réagir. Je ne sais plus quoi faire, je ne sais plus me tenir. Tu es là comme un tuteur, rien d’autre ne me tient debout, et je le sais. Je m’enfonce dans la culpabilité et le ressentiment. J’essaie d’oublier, je t’assure, de passer au dessus. Mais une parcelle de moi s’est évanouie, détachée comme une pièce de puzzle, dans l’obscurité profonde qui peuple mon cerveau. Plus rien n’a de consistance, à part toi. Je me contredis à chaque parole que j’entends. Que je formule. Plus rien n’a de sens, je n’espère plus avoir de sensations, celles ci sont trop assassines à chaque fois. Comme celles que tu m’as jetées en pleine figure.

Je suis venu pour te rejoindre, mais tu n’as pas voulu me voir, pour ce marin sur son navire, il sera vieux le port ce soir.

Tu es venu pour me rejoindre. Je n’ai pas voulu te voir. Je t’ai fermé ma porte. Je me suis détestée. Je me suis prostrée. Je me suis touchée en souvenir de nos étreintes. J’ai posé mes lèvres dans le vide pour combler cet espace illusoire. J’suis loin, putain, tu ne m’entends pas. Ethan, ouvre moi les yeux. Rappelles moi à l’ordre comme tu sais le faire. Enlève moi cette salope de drogue du sang. Ne me perds plus dans les méandres de ton absence. J’ai voulu partir. Je n’aurais pas du. J’ai blessé ton cœur d’enfant. J’ai violé ton âme, t’as brisé la mienne, t’as crée la vie, j’ai plus la mienne.

Tu m’as crevée. Tu m’as couchée à terre, et battue. Et pourtant je t’aime. Pourtant je t’aime, vraiment, du fond de mon coeur. Je suis liée à toi, t’es mon putain d’enfoiré de connard d’amour le plus long de toute ma vie ? De ma chienne de vie. Celle ci ne sert à rien, elle n’a de valeur qu’à tes yeux. Je sais que tout ça ne sera jamais fini, je sais que tout ça ne sera jamais fini. Ecoutes moi, relève moi. Redresses toi, toi aussi, tout ça n’a plus de sens. J’n’en ai plus non plus tu sais. Je sais qu’un jour tu partiras, j’ai failli le faire moi aussi. Mais c’est pas grave. Ce jour la, je partirais aussi dans le noir.

Mais putain qu’est ce que je raconte moi ce soir. Qu’est ce que je fous là ?
Qu’est ce que tu fous à e toucher encore.
Ethan, j’ai rouvert les yeux.

J’ai entendu la porte claquer. J’ai entendu mes souvenirs s’envoler. J’ai fais semblant de dormir, j’ai senti ton corps s’éloigner. J’étais en transe.
Choc du réel.
Choc de renouveau, mon corps ne s’habitue plus aux formes de ce monde. Il ne s’adapte qu’aux tiennes. Et là, dans ce lit, éprouvée, j’ai envie de courir, mais mon corps dit non. Mon corps ne veut plus s’extirper des draps. Il veut te rejoindre, attraper ton épaule, te serrer dans mes bras une dernière fois avant de redevenir la connasse insensible, avant que tu ne refermes ton visage dans la cire de l’indifférence. J’ai envie de rejoindre Tyler, j’ai envie qu’il me parle, qu’il me coupe la parole, qu’il s’exprime sur tout et rien. Car quand il parle du rien, il parle de moi. Et j’existe. J’existe enfin, quelque part, couvée par tes regards. Je m’échappe de mon monde, je rejoins celui du sommeil. Je veux me tenir éveillée, mais il m’attaque avec une batte.

Je n’aime pas la réalité.
Je n’aime pas la réalité.
Ethan, je n’aime pas ce monde.
Ethan, j’ai perdu la vie.


« La nuit s’agite, on est pas quitte. L’horreur des injures, je te jure, on aurait du passer tout ça, recoudre un peu nos déchirure, mais la mémoire non, n’est pas neuve. Et ma violence n’est pas nouvelle. Ces écorchures au fond de moi, au goût d’enterrement parfois. »

Je me suis levée. J’ai allumé la lumière de la cuisine. J’ai pris une tasse, j’y ai mis du café, je l’ai fais chauffer. J’ai mis la cuillère, je l’ai déposé sur le comptoir. Et je me suis rallongée dans le canapé.

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00. Pregnancy test.

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